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mardi 29 mars 2011

Pourquoi je n'aime pas les prospectus

A tous ceux qui, comme moi, espèrent secrètement recevoir autre chose que des factures et des prospectus lors de l'ouverture quotidienne de leur boîte aux lettres, je tiens à adresser ce message d'espoir : il arrive aussi de recevoir du courrier décalé.

C'est du moins la conclusion à laquelle je suis arrivée après avoir parcouru avec une perplexité grandissante le prospectus envoyé gracieusement à mon domicile par la campagne "j'aime mon prospectus", téléchargeable pour les curieux en cliquant ici.

Du papier à la publicité...
Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps : "j'aime mon prospectus" m'écrit pour m'expliquer pourquoi le prospectus est indispensable à ma vie quotidienne. Jusque là, tout est très logique : avec un nom pareil, il était improbable que cette campagne vise à me convaincre de la nécessité de parrainer d'urgence le panda géant, menacé d'extinction. Non, là où les choses glissent insensiblement dans le surréalisme, c'est que "j'aime mon prospectus" a axé sa communication sur le fait que "nous serions drôlement mal partis dans un monde sans papier, le produit vert par excellence". Et là, je m'excuse, mais je ne vois pas le rapport.

Que le papier soit indispensable à notre vie quotidienne, soit. Qu'il soit un produit vert, ça se discute... Et quoi qu'il en soit, cela n'absout en rien la marée de prospectus reçue presque quotidiennement par le citoyen lambda. Car à mon sens, le gros problème du prospectus, ce n'est pas tellement le fait qu'il soit fabriqué à partir de papier (encore heureux, il ne manquerait plus qu'il soit en plastique!), c'est le fait qu'il soit l'instrument d'une consommation excessive, délétère pour l'environnement et le porte-monnaie.

... ou l'escalade de la production de déchets
D'après "j'aime mon prospectus", 65% des gens ayant reçu un prospectus procèdent à un achat qui y est lié. Cette affirmation m'a laissée pensive. Je constate en effet que la majorité des prospectus que je reçois concernent des produits alimentaires. Or, ces derniers font partie des produits pour lesquels les consommateurs sont captifs ; il est bien évident que les gens continueront de se nourrir, quelque soit la conjoncture économique. On peut donc s'interroger sur la nécessité de promouvoir les achats de nourriture, surtout quand on sait que dans les pays développés, cette dernière finit en moyenne pour 30% à 40% directement dans la poubelle. N'aurait-il pas été plus honnête de faire remarquer que les prospectus favorisent les achats compulsifs de produits qui ne seront jamais mangés ou utilisés et génèrent en conséquence des déchets très importants ?

Je m'en vais de ce pas coller une étiquette "pas de publicité" sur ma boîte aux lettres.

dimanche 19 septembre 2010

La phrase... d'un historien

Journées du patrimoine 2010. Nous sommes aux limites de l’ancien duché de Bourgogne, massés devant la cheminée monumentale d’une salle de garde médiévale. Devant nous, le guide, coiffé de ce qui fut sans doute l’ancêtre de la casquette, joue négligemment avec une épée.

« La cheminée que vous avez devant vous est du XVII ème siècle. Elle est donc plus récente que le reste de la pièce, qui date du XIV ème siècle. La raison de cet ajout tardif ? Le froid. Au cours du XVIIème siècle, la France connaît plus de 30 hivers rigoureux, qui incitent à l’ajout massif de cheminées dans les bâtiments antérieurs. Cette cheminée est donc très typique de cette époque. Si vous voulez, on pourrait la comparer aux systèmes de climatisation qui prospèrent depuis la canicule de l’été 2003 et les étés chauds qui ont suivi : il y a 15 ans, bien peu de gens auraient songé à installer la climatisation chez eux. Depuis 2003, c’est devenu commun… »

Il n'y a pas que dans les carottes de glace et les anneaux des arbres que l'on peut voir le climat évoluer ! En Europe, le XVII ème siècle correspond en effet au premier minimum du "petit âge glaciaire" qui durera jusqu'au XIX ème siècle ou (selon les auteurs) le début du XX ème siècle. Quant au début du XXI ème siècle... gageons que les systèmes de refroidissement dans les habitations ont encore de beaux jours devant eux.

dimanche 15 août 2010

Moscou en fumée

Un témoignage en image de notre envoyée spéciale Marie à Moscou, ville drapée depuis plusieurs jours dans la fumée qui serait issue à 80-90% des feux de tourbières drainées.


D'après Wetlands International, les émissions de CO2 dues à l'oxydation de la matière organique des tourbières drainées équivaudrait à 6% des émissions mondiales de CO2. Ce chiffre n'inclut pas l'impact des feux dans ces zones. Les tourbières drainées de la partie européenne de la Russie font partie des plus émettrices au monde, juste après l'Indonésie. En Russie, les feux de tourbière actuels, qui se poursuivent en profondeur, ont peu de chance de s'arrêter avant l'hiver et l'arrivée de la neige.

dimanche 6 juin 2010

Contribution du grand dégel à la Chaîne Energie de l'Expansion

J'ai récemment eu le plaisir de publier un article sur la Chaîne Énergie de l'Expansion. Je souhaite en conséquence la bienvenue aux nouveaux lecteurs qui ont rebondi de la Chaîne Energie sur Le grand dégel.

Le grand dégel est un blog bilingue qui s'intéresse aux nombreuses questions soulevées par le changement climatique, notamment en Europe et en Amérique du nord. Les commentaires y sont appréciés, donc n'hésitez pas à faire part de vos impressions !

mardi 4 mai 2010

Publication externe d'un article du grand dégel

Il n'est pas trop tard pour vous le dire : un article du grand dégel a fait l'objet d'une publication exceptionnelle dans le Recherché, le journal de l'association des étudiants aux cycles supérieurs de Polytechnique Montréal.

Vous pouvez trouver l'article sous le lien suivant : Le Recherché de septembre 2008.

dimanche 2 mai 2010

Meteorology and climatology: two different worlds


This might come as no surprise to the numerous tourists strolling around the surroundings of the French Riviera: Marseille (the third most populous metropolitan area of France) enjoys a Mediterranean climate. In addition to a significant number of British citizens moving to the area in the wake of Peter Mayle, this means that the summers in the city are usually hot, while autumns and winters are mild. Most rainfall is recorded during the autumn and winter season.

On the other side of the Atlantic Ocean, and despite close latitude, Montreal is characterized by a continental climate. This means that winters are cold (some might even say very cold), while summers are hot. Precipitations are recorded the year round.

Now prepare yourself for a shock: on January 9, 2009, it snowed in Marseille; it might also have been the case in Montreal, but for some odd reason, it dit not end up making the cover of newspapers (I had a look to make sure). This snow event is of course very interesting, but I think you may easily conclude with me that this does not modify the first piece of information of this post: Marseille is and remains to this day a Mediterranean city. Even if we assume, just for the sake of argument, that on January 9, 2009, it snowed in both Montreal and Marseille, it will not lead us to deduce that Marseille is going through some strange climate change event that would make its climate closer to the Canadian one. For this to be the case, it would have to snow for numerous consecutive winters, the average temperatures recorded at Marseille's airport would have to plummet in both winter and summer and holly oaks would have to be replaced by maples. Of course, none of these changes would take place within a fortnight or even a ten-year period. Thus we would not be certain of a climate change before very long years had passed.

One swallow does not a summer make
It follows from the example above that no single weather event can by itself define a given climate. This is of course all the more true for a changing climate. It is not because it snowed in Marseille in January 2009 that the climate of the city is cooling. Similarly, it is not because the hurricane Katrina wreaked havoc in New Orleans that it proves the world climate is changing.

On the other hand, it is because scientists have been recording for years a rise of average temperatures in the weather stations of the planet that we have the certainty that something is happening with climate. When this kind of things happen, events such as Katrina become more likely, while snow in Marseille becomes less frequent. But this does not mean it cannot happen. January 9, 2009 made this point clear.

Image: Marseille, seen by Sophie

Version française : Climat, météo, késako ?

vendredi 23 avril 2010

La phrase... de Bertrand Barré

"Dans mon enfance, avant 1950, nous écoutions la "TSF" à table, (...) notamment une émission à succès qui s'intitulait fièrement "40 millions de Français". (...) La télévision en noir et blanc était encore une curiosité hors de prix et la voiture un grand luxe. Nous sommes aujourd'hui 64 millions de Français avec, presque tous, télévision, voiture, téléphone portable, machine à laver, etc. A l'école, j'apprenais que l'empire des Indes comptait 400 millions d'habitants : Inde, Pakistan, Bangladesh totalisent aujourd'hui près du triple et leur mode de vie change très vite".

Ainsi parle Bertrand Barré, ingénieur spécialiste du nucléaire, dans un récent article publié par l'Expansion. Loin de représenter un accès de nostalgie un peu ringard, ces propos sont significatifs. Ils illustrent en effet le changement sans précédent qui a marqué l'humanité au cours des dernières décennies.

Selon l'ONU, la population mondiale a ainsi pratiquement triplé en deux générations, passant de 2,5 milliards d'humains en 1950 à presque 7 milliards en 2010. Durant la même période, le niveau de vie des individus a beaucoup augmenté. En regardant l'espérance de vie à la naissance, un indicateur qui reflète des aspects aussi variés que le taux de mortalité infantile, les politiques de santé publique et l'accès aux soins médicaux et à la nourriture, on constate une progression fulgurante des chiffres. Alors qu'en 1900, un Américain ou un Britannique avait une espérance de vie à la naissance de 47 ans, un bébé naissant dans les même pays aujourd'hui peut espérer vivre près de 80 ans. Dans un pays très pauvre, comme le Bangladesh, l'espérance de vie à la naissance est d'ores et déjà supérieure de plus de 15 ans (64 ans) à celle observée aux États-Unis et au Royaume-Uni en 1900.

Selon toute probabilité, ces différents chiffres ne vous sont pas totalement étrangers. Ils sont évoqués de manière suffisamment fréquente pour ne plus susciter qu'un intérêt modéré chez la plupart d'entre nous. Pourtant, ils sont loin d'être anodins. La conjonction de la hausse spectaculaire du niveau de vie et de la taille de la population explique en bonne partie l'envolée des émissions de gaz à effet de serre observée au cours des dernières décennies. Mais en plus d'être la cause du problème, ces deux évolutions conditionnent également les réponses que nous pouvons y apporter. En effet, il est probable que les réflexes hérités du passé, y compris du passé récent, se révèlent obsolètes dans le contexte actuel. Les solutions adaptées à un monde de 3 milliards d'humains (avant 1960) ou de 5 milliards d'humains (1990) ne sont probablement pas les plus à même de répondre aux besoins d'un monde de 7 milliards d'humains ou plus.

Quelque part au cours du 20ème siècle, l'humanité a changé l'échelle du problème auquel elle était confronté. Par là même, elle a également changé la nature du problème. Cet aspect n'est pas forcément bien intégré dans les solutions proposées pour le résoudre. Il serait pourtant important d'en tenir compte... car c'est rarement dans l'urgence que l'on se révèle le plus créatif.

Image : évolution démographique depuis le Néolithique. Source : musée de l'Homme

mardi 16 mars 2010

Fermeture des commentaires anonymes/No access to anonymous comments anymore

Suite à la prolifération de publicités envoyées par commentaires sur Le grand dégel, je me vois contrainte de fermer l'accès aux commentaires pour les utilisateurs anonymes. Ceci ne change rien pour tout ceux disposés à laisser un nom ou un pseudo en même temps que leurs commentaires. Merci de votre compréhension.

Due to the increased frequency of adds received through comments on Le grand dégel, I find myself obliged to close the access to comments for people unwilling to leave a name as well as a remark. Thank you for your understanding.

jeudi 11 février 2010

Pendant ce temps, au Groenland...

Cet hiver, une bonne partie de l'Europe et de l'Amérique du nord est littéralement ensevelie sous la neige. En Allemagne, en Scandinavie, en Roumanie, le grand jeu du moment consiste à annoncer d'un ton triomphal l'arrivée d'une énième tempête de neige, à grand renfort de descriptions détaillées sur les nombreux centimètres déjà visibles au sol.

Si j'en crois l'office de météo danois, les habitants du Groenland auront du mal à gagner la palme de l'âge de glace cette année. Dans le sud de l'île (Qaqortoq très précisément), la température moyenne en janvier a atteint +0,1°C - la normale saisonnière est à -5,5°C. Quant à la neige, elle manquait cruellement. Il semblerait en effet qu'il y ait eu une inversion de températures entre le nord de l'Europe et de l'Amérique du nord et l'Arctique... Rassurez-vous, ceci ne devrait a priori pas empêcher janvier 2010 d'être l'un des plus chauds enregistrés jusqu'à présent au niveau mondial. Comme quoi, météo et climat ne font décidément pas bon ménage !

Photo de Tobias Petersen, prise le 14 janvier 2010 à Narsarmijit
(extrême pointe sud du Groenland)

dimanche 7 février 2010

... n'y a t'il vraiment plus d'espoir ? (2)

Pour ceux qui n'auraient pas suivi
Dans Noir c'est noir... nous avons vu que les émissions moyennes d'un Français étaient 4 fois supérieures à ce qu'elles devraient être selon le rapport 2007 du GIEC. Face à ce constat, ... n'y a t'il vraiment plus d'espoir ? (1) nous a donné des solutions pour réduire nos émissions individuelles de 25% à travers des actions sur les postes transport et logement. Mais des économies sont également possibles sur d'autres postes! Suivons le guide*...

* dans un souci de clarté et pour faciliter les comparaisons, les calculs décrits ci-dessous ont tous été effectués via le bilan carbone personnel de l'ADEME.

Alimentation (19%)

4. Ce n'est pas politiquement correct, mais ça n'en correspond pas moins à une réalité : la consommation quotidienne de protéines animales a un impact significatif sur la santé et sur l'environnement. Entendons nous bien : je ne prône pas le régime végétarien. Mais entre le régime végétarien et le régime actuel d'un Européen ou d'un Américain (1,6 kg de viande par semaine en Europe et 2,4 kg de viande par semaine aux Etats-Unis selon la FAO), il y a tout de même une marge de manœuvre! Le régime carné actuel d'un Français implique l'émission de 300 kg eq. C par an. Si ce même Français suivait les recommandations du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer, qui incite à limiter sa consommation de viande de boucherie (bœuf, agneau, porc) à 500 g de viande cuite par semaine — soit presque deux fois moins que la moyenne actuelle — et gardait par ailleurs une consommation moyenne de volaille et de poisson (environ 1 kg par semaine au total), ses émissions se réduiraient à 200 kg eq. C par an.

5. Ça n'a l'air de rien, mais boire l'eau du robinet plutôt que de l'eau en bouteille fait économiser 66 kg eq. C par an.

6. Il est évidemment beaucoup plus facile de contrôler son alimentation en cuisinant soi-même. Les plats préparés sont donc à éviter.

7. Les mangues, les tomates et les fraises sur les étalages au mois de janvier sont très tentantes. Malheureusement, leur consommation est responsable de 22 kg eq. C émis en moyenne par Français. En ne consommant que des produits de saison locaux (ce qui augmente grandement la diversité de l'alimentation au jour le jour et le plaisir des repas), les émissions liées à la consommation de fruits et légumes peuvent être réduites de 75%.

8. Malgré leur côté pratique, les hypermarchés et supermarchés de périphérie ne sont pas la panacée pour qui souhaite réduire ses émissions. Il semblerait en effet que faire ses courses dans ce type de commerce entraîne l'émission d'environ deux fois plus de gaz à effet de serre que le fait de les faire dans les commerces de proximité : les urbanistes vous diront que c'est logique, dans la mesure où il est difficile de se passer de sa voiture quand on va dans un hypermarché. Favoriser le commerce de proximité peut également avoir un avantage caché : le choix étant moins large, le consommateur achète peut-être moins, ce qui pourrait aider à réduire le pourcentage de nourriture jetée chaque année — qui atteint actuellement le chiffre scandaleux de 30 à 40% dans les pays développés.

Bilan : en limitant sa consommation de viande de boucherie à 500 g par semaine et par personne, en ne buvant que l'eau du robinet et en n'achetant que des fruits et des légumes de saison, on peut potentiellement réduire ses émissions de 200 kg/an. Sur un total d'environ 500 kg/an en moyenne, ce n'est quand même pas négligeable!

Consommation de biens manufacturés (20%)
Sur la base de ses dépenses moyennes en biens manufacturés (ordinateurs, téléphone, vêtements et chaussures, produits de beauté, ect...), un Français émet environ 600 kg d'eq. C par an. Il n'est pas évident de dire quel est le potentiel de réduction sur ce poste. Toutefois, deux règles de base peuvent contribuer à une baisse significative des émissions :

9. Limiter l'exposition à la publicité , notamment pour les enfants et les adolescents. Ceci implique un usage restreint du principal vecteur de publicité dans les foyers : la télévision.

9. Préférer l'achat de produits de qualité à l'achat de produits peu chers, mais de qualité médiocre. D'une part, ceci permet de garder les produits achetés plus longtemps. D'autre part, ceci revient souvent à encourager une production locale plutôt qu'une production importée. En particulier, il est intéressant d'éviter autant que possible l'achat de produits chinois, car si la Chine n'est pas responsable du changement climatique observé jusqu'à présent, elle n'en est pas moins aujourd'hui le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. De plus, l'efficacité énergétique de ses usines laisse encore énormément à désirer par rapport aux pays développés, comme l'illustre le graphe ci-dessous.

Bilan : l'application de ces dix mesures permet de réduire environ par deux le niveau d'émissions individuelles d'un Français. Elles représentent donc un pas important dans la direction recommandée par le GIEC. Ces astuces impliquent un changement significatif des habitudes de consommation individuelles. Toutefois, significatif ne veut pas dire insurmontable. La plupart de ces mesures sont en effet applicables au quotidien sans difficulté majeure - la restriction de l'usage de la voiture est à mon sens l'exception qui confirme la règle. Quel que soit le niveau de difficulté de ces mesures pour chacun, leur énumération permet de prendre conscience du décalage existant entre les efforts réellement nécessaires pour limiter l'impact du réchauffement climatique et l'image que se fait la société de l'effort à fournir ; malheureusement, il ne suffit pas de mettre des ampoules basse-consommation chez soi, d'acheter des avocats bio du Pérou et de trier ses déchets pour compenser le mode de vie occidental. Le problème est autrement plus vaste.

Image : Barcelone, vue par Marie Metge

lundi 1 février 2010

... n'y a-t'il vraiment plus d'espoir? (1)

Pour ceux qui n'auraient pas suivi
Dans Noir, c'est noir... nous avons vu que :
1) le sommet de Copenhague n'a pas été à la hauteur des attentes
2) Le citoyen français émet en moyenne quatre fois plus de gaz à effet de serre que ce qui est recommandé dans le rapport 2007 du GIEC (ce calcul est réalisé sur la base d'une répartition équitable des émissions entre tous les habitants de la planète)
3) au niveau individuel, ces émissions sont essentiellement liées à nos modes de transport, nos logements, notre alimentation et nos achats de biens manufacturés... soit la presque totalité de nos activités.



Avant de foncer acheter la corde pour vous pendre, il vous reste toutefois possible d'envisager une alternative : la sobriété énergétique. Démonstration en dix points*.

* dans un souci de clarté et pour faciliter les comparaisons, j'ai choisi d'effectuer tous les calculs décrits ci-dessus via le bilan carbone personnel de l'ADEME.

Transport (26% des émissions)
1. Tous les modes de transports ne sont pas équivalents. C'est particulièrement vrai en France, où l'électricité provient en majorité du nucléaire. Sur l'échelle de la vertu énergétique, le train gagne ainsi haut la main la palme d'or : pour chaque kilomètre parcouru, un passager ne rejette qu'entre 5% et 17% des émissions d'une voiture et seulement 3% des émissions d'un avion court-courrier. En plus, pour une personne seule, le train est nettement plus avantageux économiquement (-20% en plein tarif sur un trajet Paris-Lyon).

2. Quand les trajets en voiture sont nécessaires, la priorité devrait logiquement aller aux petites voitures récentes, qui consomment moins (selon le classement de l'ADEME, les véhicules vendus en 2008 consommaient en moyenne 140 g de CO2 au km contre 149 g en 2007). Le covoiturage est également une solution intéressante. Pour les utilisateurs occasionnels, la solution idéale consiste évidemment à éliminer la voiture. Dans ce cas, la location en fonction des besoins réels peut être très avantageuse.

Bilan : pour une distance annuelle parcourue de 15 000 km, un Français émettra 950 kg d'équivalent carbone en effectuant les trajets seul dans une voiture consommant 6 L/100 km. En admettant que seuls 5% de cette distance soit effectuée en voiture et le reste en train, la même personne n'émettra plus que 85 kg d'équivalent carbone par an... soit une réduction de plus de 90% de ses émissions.
Ne pas oublier cependant que l'aller-retour Paris/New York en avion équivaut à 720 kg d'équivalent carbone émis par passager... et n'est donc pas vraiment compatible avec une réduction des émissions individuelles.

Logement (19%)
3. Le chauffage représente à lui seul le tiers des émissions d'un logement — un second tiers provenant des appareils électroménagers. Sur ce poste, des réductions substantielles sont possibles en baissant le thermostat : une diminution de 1°C en hiver permet par exemple d'économiser jusqu'à 10% sur sa facture de chauffage. Une baisse de quelques °C peut même faire économiser jusqu'à 40% sur une facture... tout en limitant les risques d'allergies.

Bilan : pour une surface de 40 m2 (la superficie moyenne par personne en 2009 selon l'INSEE), un appartement chauffé à l'électricité à une température de 21°C émet 280 kg d'équivalent C. Le même appartement chauffé à 18°C n'émet plus que 200 kg d'équivalent carbone... soit une réduction de 25% des émissions. Par ailleurs, le même appartement alimenté avec du gaz naturel ou du fuel et chauffé à 21°C émettrait entre 560 kg (gaz) et 800 kg (fuel) d'équivalent C.

Gardons courage! A ce stade, nous avons déjà réduit nos émissions de 55% sur les deux postes transports et logement, ce qui représente une réduction de 25% de nos émissions totales ! Pour poursuivre l'exercice, rendez-vous dans ... n'y a t'il vraiment plus d'espoir? (2)

Image : RUE89, dans les coulisses du Grenelle de l'environnement

dimanche 31 janvier 2010

Noir, c'est noir...

Caricature parue dans The Economist

Gueule de bois généralisée

Selon les médias, le principal risque suite à l'échec du sommet de Copenhague serait la démobilisation des populations. Si j'en crois les discours pessimistes et désillusionnés que j'ai entendu ces dernières semaines, le risque est effectivement réel.

Certes, les résultats du sommet de Copenhague ne sont pas glorieux et les hommes politiques impliqués n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu. Mais est-ce une raison pour baisser les bras? Pas vraiment. Ce serait en effet oublier un peu vite que ces fameuses émissions de gaz à effet de serre sont essentiellement le résultat des modes de consommation passés et présents des citoyens des pays développés. Autrement dit, vous et moi.

Et ça, contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est une bonne nouvelle : plutôt que de rester impuissant, les bras hérissés de chair de poule, à regarder l'eau monter petit à petit et le sol se craqueler chaque jour un peu plus (on se croirait dans un film catastrophe, non ? je songe à envoyer le script à Hollywood), il nous est possible d'agir concrètement, par des petits gestes qui, mis bout à bout, font une différence. La preuve que ça marche ? Les émissions de l'année 2009 sont estimées en baisse d'environ 3% par rapport à celles de 2008... la crise économique a donc bel et bien contribué à entraîner des changements de comportements suffisants pour que ça se voit !

Le remède contre l'angoisse est donc tout trouvé : au lieu d'attendre que notre voisin fasse le premier pas, voici une liste de dix trucs testés et approuvés à appliquer au quotidien, qui ont un impact réel sur les émissions de gaz à effet de serre individuelles et qui font du bien au portefeuille.

Pour commencer : un ordre de grandeur
Un Français émet en moyenne 2,2 tonnes d'équivalents carbone par an. Ce chiffre est estimé après avoir tenu compte du carbone réabsorbé par les puis naturels, que sont par exemple les forêts et les prairies. Autant annoncer la couleur d'entrée de jeu : ce chiffre est environ quatre fois supérieur à ce qui serait souhaitable selon le GIEC.

D'où viennent ces émissions ?
Elles se répartissaient de la manière suivante en 2005 :



Il s'en suit de manière logique que la principale marge de manœuvre se situe au niveau du transport (26%), talonné par le logement (résidentiel 19%), l'alimentation (19%) et l'achat de biens manufacturés (20%). Ça tombe bien, ce sont tous des domaines sur lesquels il est possible de modifier nos habitudes de consommation.

Vous brûlez de connaître les fameux trucs qui font la différence ? La suite dans ... n'y a t'il vraiment plus d'espoir ? (1)

lundi 31 août 2009

En la technologie toujours tu croiras


2028. Enzo ne sort plus sans ses lunettes de soleil. Il est vrai que tout le monde s'accorde à dire qu'elles lui donnent un charme supplémentaire. Il est également vrai qu'elles lui sont devenues indispensables : avec ses yeux clairs, il a de plus en plus de mal à supporter la réflectance des rues. Depuis que la chaussée et les derniers immeubles haussmanniens ont été intégralement repeints en blanc (loi du 5 janvier 2025), Paris a en effet pris un côté franchement éblouissant, très "21ème siècle".

Ces derniers temps, la ville lumière a également gagné en moiteur. Suite aux relargages réguliers de particules de souffre réfléchissantes dans l'atmosphère, la fréquence des pluies a augmenté. Pour Enzo, c'est un inconvénient mineur ; après tout, il suffit de s'équiper d'un parapluie. De plus, cela permet d'avoir un minimum d'ombre quand le soleil paraît, ce qui est appréciable maintenant que la plupart des arbres des bords de rue ont été remplacés par des "arbres artificiels", qui servent à la capture du CO2 atmosphérique...

Une discipline qui a le vent en poupe
Science-fiction que tout cela? Il ne s'agit pourtant que de quelques unes des solutions (un brin extrapolées) proposées par la géo-ingénierie, une discipline inventive qui propose de mettre en place des modifications de l'environnement à grande échelle pour contrebalancer les effets du changement climatique.

A l'origine de ce foisonnement d'idées se trouve la conviction d'un certain nombre de scientifiques que la question climatique est tellement urgente que toutes les solutions visant à stabiliser le climat pendant quelques décennies (le temps que soit effectuée la transition vers une économie peu émettrice en gaz à effet de serre) doivent être mises en oeuvre. Pour ce faire, la géo-ingénierie propose d'influer sur deux paramètres du système climatique terrestre : la quantité d'énergie solaire reçue par la Terre et la quantité de CO2 présente dans l'atmosphère. Outre leur coût et les difficulté probables de mise en application, ces solutions présentent toutes un gros inconvénient : il est très difficile d'évaluer quel sera réellement leur impact.

Un remède miracle?
Ainsi, une équipe de l'université de Bristol au Royaume-Uni proposait il y a quelques mois dans le journal Current Biology de favoriser la culture de variétés qui réfléchissent plus la lumière solaire que les variétés actuelles de céréales ou de soja. Ceci permettrait de diminuer la température moyenne estivale de plus d'1°C en Europe et en Amérique du nord. Sur une moyenne annuelle et à l'échelle planétaire, l'effet rafraichissant de cette technique serait marginal (-0,1°C). Toutefois, utilisée en conjonction avec d'autres techniques, elle pourrait faire gagner quelques années à l'humanité. Outre son coût relativement minime, cette solution présenterait l'avantage appréciable de pouvoir être utilisée sur des plantes destinées à un usage alimentaire, ce qui un impliquerait un impact beaucoup plus réduit sur la sécurité alimentaire que les agrocarburants.

Sur le papier, l'idée est séduisante. Elle suscite toutefois plusieurs questions. La première est de savoir si le fait d'augmenter l'albédo des plantes (soit le niveau de réflection de la lumière solaire) ne risque pas d'impacter également le rendement des plantes cultivées. En effet, la photosynthèse (c'est à dire le processus qui permet de transformer de l'énergie lumineuse et du CO2 en matière organique) est par définition dépendante de la quantité d'énergie lumineuse absorbée. Pour la même raison, qui dit moins de photosynthèse dit moins de CO2 capturé par la végétation... De plus, rien ne garantit que pour une espèce cultivée donnée, la variabilité génétique sur ce critère soit suffisante pour obtenir un effet significatif. Si ce n'est pas le cas, la technique nécessiterait l'intervention des biotechnologies pour introduire des gènes de plus grande réflectance dans les plantes cultivées.

Comme les autres propositions qui fleurissent depuis quelques années dans les publications scientifiques, l'idée de l'équipe de l'université de Bristol a le mérite de proposer une solution concrète à un problème de plus en plus pressant. Toutefois, elle ne lève pas la question de fond de la géo-ingénierie : est-il vraiment souhaitable de jouer à l'apprenti sorcier à l'échelle planétaire?

Image : hommage à l'architecte du Sacré Coeur, un visionnaire qui sut mettre la basilique face aux défis du futur en choisissant la bonne couleur. Photo par Marie Metge.

vendredi 26 juin 2009

La grande migration agricole

Dans mon travail, je brasse beaucoup de chiffres. Trop pour m'arrêter plusieurs jours sur chacun d'entre eux.

Bizarrerie scandinave
Il y a un mois, j'ai cependant été interpellée par le fait que pour la deuxième année consécutive, une production de maïs était répertoriée en Suède. Si cette information n'avait pas été de source officielle, j'aurais cru à une erreur ; le maïs est en effet une plante tropicale. Certes, le développement de variétés septentrionales permet de la cultiver dans l'hémisphère nord. Cependant, elle reste peu adaptée au climat suédois.

Les choses en seraient sans doute restées là si je n'étais pas tombée la semaine suivante sur un article décrivant la formidable progression de la culture du maïs au Danemark : alors que la surface consacrée au maïs atteignait péniblement 20 000 ha au début des années 1990, elle avait presque été multipliée par dix en 2008. Parallèlement, la date optimale de semis s'était décalée du 1er mai au 20 avril. Pour un agronome, une telle information revient à allumer un voyant rouge : 10 jours de décalage d'une date de semis, c'est énorme!

A la conquête du nord
Très intriguée, j'ai donc commencé à regarder les données concernant la surface de maïs de façon détaillée. Voici ce que j'ai trouvé :
Graphique : les données sont issues des offices statistiques des différents pays décrits.

Dans l'extrême nord de l'Europe (Danemark, Pologne, mais aussi Suède et états baltes), la surface de maïs a cru très fortement entre 1995 et 2008. C'est aussi le cas en Allemagne, où la surface a augmenté de 500 000 ha depuis 1995 (ce qui représente proportionnellement une hausse moins importante, car la surface allemande était déjà élevée en 1995). En revanche, la surface de maïs a tendance à rester stable, voire à décroître, dans le sud de l'Europe (Italie, France, Slovaquie, mais aussi Espagne ou Hongrie).

Face à une évolution aussi constante et aussi contrastée entre le nord et le sud d'un continent régi par la même politique agricole, j'ai commencé à soupçonner que ce que j'observais était le résultat d'un changement rapide de climat. J'ai donc appelé l'un des grands spécialistes français de la physiologie des céréales.

Ma remarque ne l'a pas du tout surpris. En fait, elle correspondait à ce qu'il observait depuis des années : une remontée des espèces vers le nord au fur et à mesure que la fenêtre de culture des plantes s'élargissait - la fenêtre de culture correspond à la période qui sépare la date de semis de la date de récolte. Pour une plante comme le maïs, la fenêtre de culture est longue (au moins 5 mois). Dans un pays où les étés sont frais et les hivers précoces, la plante ne pourra donc pas achever son développement avant les premiers froids, ce qui limite singulièrement l'intérêt de la cultiver.

Quid du sud?
Ceci laisse une grande question : qu'en est-il dans le sud de l'Europe? Dans les pays méditerranéens (Italie, Grèce notamment), la surface laissée en jachère a en effet tendance à s'accroître. En Italie, cette hausse de la jachère concerne le sud du pays, où la culture du blé dur ou de l'orge a tendance à être abandonnée.

Mon interlocuteur a marqué un silence. "C'est une vraie question, m'a-t'il finalement dit. Les conditions climatiques qui sont envisagées pour le sud de l'Europe vont probablement dépasser les capacités d'adaptation d'une espèce comme le blé. La solution passe plutôt par de nouveaux assolements, basés sur des espèces plus résistantes à la sécheresse. Qui sait? En 2030, les Italiens cultiveront peut-être du sorgho ou du millet..."

Si c'est le cas, on peut s'interroger sur ce que cultiveront les Maliens ou les Mauritaniens...

English version: heading north, the great crop migration

Image 1 : champ de blé dur en Toscane
Image 2 : champ de sorgho aux Etats-Unis

jeudi 26 mars 2009

Climat, météo, kesako?

Neige marseillaise. La publication de ce dessin a été gentiment autorisée par son auteur, MOIX.

Amis lecteurs, je pense ne rien vous apprendre : Marseille et ses environs jouissent d'un climat méditerranéen. Outre la présence de touristes, ceci signifie en pratique que les étés marseillais sont généralement chauds, alors que les automnes et les hivers sont doux. L'essentiel des précipitations est observé en automne et en hiver.

A l'opposé et malgré une latitude proche, Montréal est soumise à un climat continental. Ceci signifie que les hivers sont (très) froids et les étés chauds. La ville est arrosée toute l'année.

Maintenant, tenez vous bien : le 7 janvier 2009, il a neigé à Marseille (et probablement aussi à Montréal, mais personne n'a jugé utile d'en faire la une des journaux). Malgré tout l'intérêt de cet évènement, vous conviendrez avec moi qu'il ne remet pas fondamentalement en cause l'information précédente : Marseille est et reste une ville méditerranéenne. Le fait qu'il ait neigé dans les deux villes ne signifie en aucun cas que le climat de Montréal est en train de devenir celui de Marseille. Pour que ce soit le cas (que les Marseillais se rassurent, ça se saurait), il faudrait qu'il neige régulièrement de nombreux hivers de suite à Marseille, que la moyenne des températures enregistrées à Marignane diminue de plusieurs degrés aussi bien en hiver qu'en été et que les chênes verts cèdent la place aux érables. Comme toutes ces modifications ne se feraient pas en une nuit ni même en une décennie, nous n'aurions la certitude d'un changement de climat que bien des années après qu'il ait débuté.

De la différence entre un évènement isolé et une moyenne

Il s'en suit qu'il est incorrect de relier un évènement climatique isolé, quel qu'il soit, à un climat donné et a fortiori à un changement de climat. Ce n'est pas parce qu'il fait froid à Marseille en janvier 2009 qu'un refroidissement climatique guette la ville. Ce n'est pas non plus parce que la Nouvelle Orléans finit dévastée après le passage d'un cyclone que cela prouve qu'il y a réchauffement du climat. Par contre, c'est parce que l'on observe depuis des décennies une hausse de la température moyenne planétaire (plus marquée aux pôles qu'à l'équateur) que l'on a la certitude qu'il y a un changement climatique en cours. Dans ce genre de contexte, les évènements comme Katrina deviennent plus probables. Et les chutes de neige à Marseille moins fréquentes, même si elles peuvent encore avoir lieu. La preuve.

English version: Meteorology and climatology: two different worlds

mercredi 18 février 2009

Erik, ce grand farceur

L'argument ultime des sceptiques

Ces dernières années, la cote de popularité du Groenland progresse au moins aussi vite que la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. L'île suscite bien sûr un intérêt marqué chez les scientifiques et dans les milieux d'affaire. Mais elle est également de plus en plus citée - et cela peut paraître plutôt paradoxal - par les sceptiques climatiques. C'est qu'elle offre un argument massue pour parer à tout embryon de discussion sur le changement climatique : son nom.

Voici l'idée générale : le Groenland a été baptisé aux alentours de l'an mil, lors de la dernière période de réchauffement connue de l'Atlantique nord, appelée la "période chaude médiévale". Son nom signifie "terre verte" en langue scandinave, ce qui évoque plus l'Irlande que la banquise... Or, si le Groenland ressemblait à l'Irlande il y a mille ans, alors on peut déduire sans risque que l'île est actuellement plus froide qu'au Moyen-Age ; il n'y a donc pas matière à discuter pendant des heures d'un hypothétique réchauffement du climat.

La logique du raisonnement semble imparable... mais fait peu de cas de la réalité historique et de la personnalité du grand "découvreur" de l'île, Erik le rouge.

Un tempérament violent, mais inventif...

Même selon les standards de son époque, Erik le rouge n'est pas un individu très recommandable. Né en Norvège vers 950, il est impliqué dans un meurtre aux alentours de son 25ème anniversaire. Ceci lui vaut une condamnation à l'exil en Islande, alors colonie norvégienne. Mais son séjour dans ce pays sera également marqué par un bain de sang. Confronté à plusieurs conflits de voisinage, Erik n'est en effet pas très porté sur la médiation. Après un différend particulièrement violent qui se solde par de nombreux morts aux alentours de 982, Erik est banni d'Islande pour une période présumée de 3 ans.

Cette condamnation place Erik dans une situation extrêmement délicate ; interdit de séjour en Norvège et en Islande, il se trouve sans possibilité de repli. Toutefois, Erik n'est pas homme à s'en laisser conter. Il se souvient des déclarations de Gunnbjörn, un Viking qui prétendait avoir découvert une terre plus à l'ouest un siècle auparavant, et risque le tout pour le tout ; affrétant un bateau, il part à la recherche de cette terre de l'ouest. Sa tentative est couronnée de succès : son navire débarque finalement au Groenland, qu'il explorera durant la durée de son exil avant de décider d'y fonder une colonie.

... chez l'un des premiers grands publicitaires de l'Histoire?

Il est plus que probable qu'en trois années sur place, Erik a l'occasion de se rendre compte que les arguments en faveur de l'installation d'une colonie basée sur l'élevage et le commerce en Arctique sont plutôt minces. Le Groenland est douloureusement éloigné de la Norvège, coupé du monde par la glace pendant la majorité de l'année. Les hivers y sont terribles ; les terres ne sont pâturables que trois mois dans l'année et le bois est rare. Pour couronner le tout, le fer est très difficile à obtenir. Mais il en faut plus pour décourager un homme comme Erik. Tout à son objectif (qui prend d'autant plus d'importance que son retour en Islande se passe plutôt mal), il choisit d'appeler son eldorado arctique "terre verte". Ainsi qu'en témoignent certaines chroniques nordiques, il espère en effet "que ceux qui le suivront seront plus nombreux si la terre a un beau nom". Son pari sera payant et marque le début d'une colonie qui durera plus de 400 ans... et d'un mythe qui lui survivra bien davantage.

Sources :
Collapse de Jared Diamond
Heimskringla (textes des sagas scandinaves, en particulier Islendigabok)

Images:
Kayak au Groenland, photo de National Geographic
ruine viking au Groenland

jeudi 29 mai 2008

Le grand mystère de l'eau en bouteille (épisode 2)

La saga de l'eau en bouteille se poursuit. Le vent le vent semble en effet tourner pour les plastiques alimentaires. Après s'être imposés dans notre vie quotidienne, ils se retrouvent aujourd'hui dans le collimateur des consommateurs nord-américains.

Le mois dernier, le gouvernement canadien a en effet provoqué l'émoi en annonçant l'interdiction probable de commercialisation des biberons contenant du bisphénol A - un composé retrouvé dans la plupart des plastiques alimentaires. Le bisphénol A (BPA pour les intimes) est soupçonné de provoquer des troubles hormonaux chez l'être humain.

Jusqu'à présent, le risque posé par ce composé chimique semblait minime. Toutefois, de récentes études semble indiquer que le BPA migre plus facilement du contenant en plastique vers l'aliment en cas de cuisson ou de réchauffage au micro-onde...

L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments a annoncé qu'elle allait réévaluer le niveau d'exposition au BPA pouvant être considéré comme acceptable d'un point de vue sanitaire.

lundi 28 avril 2008

Rouler ou manger, faut-il choisir ?


Il y a quelques mois, un scientifique britannique rencontré lors d'une conférence me prédisait sombrement que les biocarburants ne se développeraient jamais : ce sont de trop bons boucs émissaires.

Versatile opinion...

Alors que le monde découvre avec effarement la hausse du prix des denrées agricoles et les "émeutes de la faim", force m'est de constater qu'il avait raison. Après les avoir encensés au point d'en faire la solution-miracle, la presse est aujourd'hui unanime à les condamner, pour le plus grand bonheur des anti-écologistes ("enfin, les motivations profondes des écologistes apparaissent au grand jour, ils ne souhaitent qu'affamer la planète") et des anti-capitalistes ("voilà ce qui se passe quand on encourage l'agriculture productiviste, nous vous l'avions bien dit").

Un procès équitable?

Mais les biocarburants sont-ils réellement responsables des émeutes de la faim? Ce serait leur faire trop d'honneur. Certes, ils jouent un rôle non négligeable dans la hausse du prix du maïs. Seulement voilà, pendant toute l'envolée des cours, le maïs est resté -et de très loin- la céréale la... moins chère au niveau mondial. Curieusement d'ailleurs, les émeutiers s'en plaignent peu : ils sont plutôt focalisés sur le prix du blé et du riz, qui sont de toute façon bien plus consommées en alimentation humaine.

Instable équilibre

Dans ce cas, d'où vient le problème? Des vieilles lois de l'offre et la demande. Alors que la demande en céréales est en augmentation régulière afin de satisfaire les besoins croissants en produits carnés de la population mondiale, l'offre, elle, a bien du mal à suivre. A l'heure actuelle, il suffit d'un incident climatique pour que la récolte devienne inférieure aux besoins mondiaux. L'année dernière, pour la quatrième fois depuis 2002, la demande a ainsi excédé l'offre, suite à des mauvaises récoltes dans de nombreuses zones de production du blé. Et les stocks se sont à nouveau réduits comme peau de chagrin...

La récolte de céréales sera peut-être meilleure cette année. Mais ne nous y trompons pas : il y aura d'autres incidents climatiques, qui entraîneront leur lot de difficulté alimentaire. Dans un monde où la classe moyenne est en pleine expansion, peut-être est-il temps de repenser l'alimentation des pays riches ?

Bienvenue dans le 21ème siècle.

Image 1 :
Demain, roulerez vous au biocarburant ?
Image 2 :
Prix international des céréales, FAO

jeudi 27 mars 2008

To save the planet, eat a whale!

Surprisingly mild temperatures, very little snow, Helsinki’s harbor free of ice… Every time I called my contacts in Denmark, Sweden or Finland during the last few months, they shared new observations confirming that for the second year in a row, Scandinavia was getting through dark months so mild that they could hardly qualify as winter. Warm temperatures made people increasingly uneasy as the winter was drawing near to its end, as it seemed to picture the future of a very different Scandinavia.

Norway, a climate change pioneer

In such a situation, no wonder that Norway, the most Nordic country of Europe, is particularly involved in the battle against climate change. The country made the headlines with the opening of the Svalbard Seed Vault, which offers the opportunity to store seeds from everywhere in the world in a frozen environment. But Norway also received media coverage on a more confidential scale with a recent study published by the High North Alliance, a Scandinavian organization based in the Lofoten, which promotes whale hunting.

An –almost- carbon neutral whale?


Granted, the link between whale hunting and climate change may not seem obvious at first sight. But for really worried citizens, nothing is impossible. That’s why the High North Alliance has just demonstrated that for the same weight, one emits 8 times more CO2 equivalents by eating a beefsteak than by eating minke whale meat (the study doesn’t give figures for blue whale meat). For comparison sake, one might be interested in learning that the consumption of chicken (4.6 kg of CO2 equivalents per kg of meat) generates more than 2 times more greenhouse gases emissions than the consumption of minke whale meat (1.9 kg of CO2 equivalents per kg of meat).

This result might seem surprising, but it’s actually quite simple to explain: 1) on the contrary to beef and chicken, a whale does fortunately not need to be fed with agricultural products such as cereals or soybean. This spares a great deal of greenhouse gases, which would have otherwise been emitted by tractors, fertilizers or the heating of building and 2) on the contrary to beef, a whale doesn’t emit methane, a very powerful greenhouse gas. Should we then conclude from this demonstration that the future lies in whale stew?

The whale’s limitations

This might be a bit premature. Despite the pedagogical advantage of this study, which shows how the food we consume is linked to greenhouse gases emissions, it seems to me that it has curiously neglected to take into account two points that should yet have driven the attention of its authors. The first one is that minke whale stocks –or any other whale stocks for that matter – can hardly be considered sufficient to keep pace with growing meat demand from the world. Besides, it comes as a surprise to find out that the study does not even mention the fact that the consumption of 1 kg of cereals produced in the UK generates in average almost 14 times less emissions of CO2 equivalent than the consumption of 1 kg of whale meat…

Picture: a minke whale

lundi 17 mars 2008

La baleine, nouvel eldorado vert?

Températures anormalement douces, couche de neige inexistante, absence de glace dans le port de Helsinki... Au cours des derniers mois, mes contacts au Danemark, en Suède ou en Finlande m'ont confirmé que la Scandinavie était en train de vivre pour la deuxième année consécutive un hiver qui brille... par son absence. L'enchaînement des records de douceur a fini par entraîner un certain malaise, tant les bouleversements qu'il semble augurer sont importants.

La Norvège, pionnier de la lutte contre le réchauffement climatique

Dans ce contexte, quoi d'étonnant à ce que la Norvège, le pays le plus septentrional d'Europe soit un pionnier dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Après avoir fait récemment la une des journaux lors de l'inauguration de la Banque de Graines du Svalbard, qui permet d'entreposer des graines de tous les pays du monde dans un environnement perpétuellement gelé, la Norvège est de nouveau sur le devant de la scène. Cette fois, l'intérêt médiatique qu'elle suscite est lié à une étude publiée par la High North Alliance, une organisation scandinave basée dans les Lofoten - !!!! - qui promeut la chasse à la baleine.

Une baleine économe en CO2

Je vous accorde qu'à première vue, le lien entre la chasse à la baleine et le réchauffement climatique peut paraître lointain. Mais rien n'est impossible à des citoyens réellement inquiets des conséquences de la hausse des températures sur leur environnement. Fidèle à cette maxime, la High North Alliance vient donc de démontrer qu'à poids égal, l'on émettait 8 fois plus de carbone en avalant un steack de boeuf qu'en avalant un steack de baleine de Minke (l'étude ne précise pas ce qu'il en est si l'on avale de la baleine bleue). A titre de comparaison, on émet également 2 fois plus de CO2 en mangeant du poulet (4,6 kg d'équivalent CO2 émis par kg) que de la baleine de Minke (1,9 kg d'équivalent CO2 par kg).

Ce résultat s'explique facilement : 1) contrairement au boeuf et au poulet, la baleine ne nécessite pas d'être nourrie avec des produits végétaux (céréales, soja) issus de l'agriculture, ce qui représente une économie substantielle en gaz à effet de serre qui aurait autrement été émis par les tracteurs, les engrais et le chauffage des élevages et 2) contrairement au boeuf, elle n'émet pas de méthane (un gaz à effet de serre très puissant). Faut-il donc conclure de la démonstration de la High North Alliance que l'avenir est dans le pot-au-feu de baleine?

Les limites du cétacé

Ceci serait sans doute un peu prématuré. En effet, bien que cette étude ait le mérite de mettre en lumière l'impact de notre alimentation sur les émissions de gaz à effet de serre, elle néglige -délibérément ?- de prendre en compte deux points qui auraient pourtant dû attirer l'attention de ses auteurs : 1) les stocks de baleine de Minke - ou de toute autre baleine, d'ailleurs - peuvent difficilement être considérés comme suffisants pour subvenir aux besoins croissants en viande de la population mondiale et 2) bien que l'étude ne le précise pas, la consommation d'1 kg de céréales produites au Royaume-Uni entraîne en moyenne des émissions d'équivalent CO2 presque 14 fois moindres que la consommation d'1 kg de baleine de Minke. A bon entendeur...

Image: dans la baie de Boston, par Nicolas.