A moins d'être exilé sur Mars, il est bien difficile de ne pas avoir entendu parler du "scandale climatique" qui agite depuis quelques mois les médias et les internautes. Complot des scientifiques, fraude généralisée, absence de vérification des sources... les accusations pleuvent. Il est temps de procéder à une mise en situation, basée sur l'excellent travail d'investigation réalisé par Fred Pearce, contributeur régulier au Guardian.
L"affaire" ou les dessous d'un conflit
Le Climategate - à la base de l'agitation actuelle -, c'est avant tout l'histoire d'une guerre. Une guerre sans gloire et sans merci, teintée d'idéologie. Une guerre qui, comme tous les conflits dignes de ce nom, n'est pas exempte de victimes ; dans ce cas précis, la principale d'entre elles est sans nul doute la Science.
Comme souvent en la matière, les germes du conflit ne sont pas récents ; ils remontent à la fin des années 1980. C'est en effet à cette période que fut créé un panel d'experts chargé de se pencher sur l'ensemble des connaissances scientifiques accumulées dans le domaine du changement climatique. Ce panel, c'est bien sûr le GIEC, dont la tâche consiste à synthétiser la très grande masse de publications disponibles sur le climat dans un rapport publié à intervalles réguliers et conçu comme un outil d'aide à la décision à l'usage des dirigeants politiques.
Des origines d'un grand écart...
C'est là que le bât blesse, car science et politique ne font pas forcément bon ménage. Par certains aspects, les deux approches sont même incompatibles : là où les scientifiques se nourrissent de polémiques et d'incertitudes, les hommes politiques réclament des conclusions claires et tranchées. Dès l'origine, les scientifiques en charge de la publication des rapports du GIEC ont donc été confrontés à un dilemme : comment résumer en un rapport - en réalité, en une synthèse de quelques pages, car c'est la seule partie du rapport qui sera lue à grande échelle - toute la complexité et l'urgence soulevées par la question du changement climatique ? La solution retenue tient en un mot : simplification. De manière prévisible, cette dernière s'est faite au détriment des incertitudes soulevées par la communauté scientifique.
... et de ses conséquences
Dans les années 2000, cette simplification a eu pour effet d'alimenter la suspicion d'un certain nombre d'individus qui, s'ils n'étaient pas membres de la communauté scientifique, bénéficiaient en général d'une formation en mathématiques ou en statistiques. Souvent jeunes retraités, ces individus isolés ont mis à profit leur temps disponible pour reprendre les données ayant servi aux principales conclusions du GIEC. Par l'intermédiaire de leurs blogs, ces sceptiques ont tenté de démontrer que les données avaient été mal utilisées ou provenaient de jeu de données biaisés, donc inutilisables. Dans la grande majorité des cas, les critiques dont ils ont couvert la Toile ne soutiennent pas un examen attentif. Cependant, la propagation des idées se joue moins sur leur objectivité que sur leur fréquence ; le décalage croissant entre des scientifiques enfermés dans leur tour d'ivoire et ne jurant que par l'évaluation de leurs analyses par leurs paires, et la rapidité de diffusion des idées sur internet s'est rapidement révélée favorable aux sceptiques.
Cette différence d'expression a permis d'entretenir un flou sur la question climatique, flou que la communauté scientifique, de plus en plus en proie à une mentalité d'assiégé, n'a pas su lever. A sa décharge, il faut reconnaître que le débat objectif a été compliqué par l'action de lobbies économiques ou politiques, pour qui la mise en place de mesures contraignantes de limitations des émissions de gaz à effet de serre menace d'être catastrophique. N'hésitant pas à acheter des scientifiques pour entretenir la cacophonie ambiante, criant au complot planétaire contre la liberté individuelle et la démocratie, ces derniers se sont lancés dans une guerre d'usure contre les laboratoires travaillant sur la question climatique. La pression croissante pesant sur les chercheurs n'a pas été sans conséquence ; certains d'entre eux ont dérapé.
Effet boomerang ?
C'est ce qui s'est produit à l'université d'East Anglia au Royaume-Uni, où sont récoltées les données météorologiques utilisées pour évaluer les variations de températures à l'échelle mondiale. Au fil des années, certains chercheurs du département de climatologie, membres du GIEC, en sont arrivés à refuser de fournir des données aux sceptiques qui les réclamaient, allant possiblement jusqu'à les supprimer pour qu'elles ne tombent pas entre leurs mains. Ils en sont également venus à tenter d'empêcher la publication des articles des sceptiques dans les revues scientifiques ou à boycotter les revues soutenant des thèses contraires aux leurs.
Ces pratiques peu reluisantes ont été brutalement révélées au grand jour en novembre 2009, lorsqu'un millier de courriels échangés entre 1996 et 2009 ont été relâchés sur internet : c'est le fameux Climategate. "L'affaire" porte un sérieux coup à l'image d'intégrité des scientifiques et incite à s'interroger sur la nécessité d'une réforme du fonctionnement du GIEC. Néanmoins, en révélant les dessous d'une guerre idéologique, elle montre aussi le manque de scrupules et l'attitude partisane de nombreux sceptiques. En définitive, cet étalage de linge sale au grand jour semble se retourner contre ses instigateurs : en dépit du comportement opaque de certains chercheurs et d'erreurs significatives dans le rapport 2007 du GIEC, les données accumulées en plusieurs décennies continuent en effet de montrer un changement climatique, très probablement induit par l'homme. Les conclusions du rapport 2007 du GIEC sont donc encore valides, ce qui laisse les sceptiques orphelins du scepticisme éclairé... mais enfants du négationnisme.
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mercredi 10 mars 2010
vendredi 26 juin 2009
La grande migration agricole
Dans mon travail, je brasse beaucoup de chiffres. Trop pour m'arrêter plusieurs jours sur chacun d'entre eux.Bizarrerie scandinave
Il y a un mois, j'ai cependant été interpellée par le fait que pour la deuxième année consécutive, une production de maïs était répertoriée en Suède. Si cette information n'avait pas été de source officielle, j'aurais cru à une erreur ; le maïs est en effet une plante tropicale. Certes, le développement de variétés septentrionales permet de la cultiver dans l'hémisphère nord. Cependant, elle reste peu adaptée au climat suédois.
Les choses en seraient sans doute restées là si je n'étais pas tombée la semaine suivante sur un article décrivant la formidable progression de la culture du maïs au Danemark : alors que la surface consacrée au maïs atteignait péniblement 20 000 ha au début des années 1990, elle avait presque été multipliée par dix en 2008. Parallèlement, la date optimale de semis s'était décalée du 1er mai au 20 avril. Pour un agronome, une telle information revient à allumer un voyant rouge : 10 jours de décalage d'une date de semis, c'est énorme!
A la conquête du nord
Très intriguée, j'ai donc commencé à regarder les données concernant la surface de maïs de façon détaillée. Voici ce que j'ai trouvé :
Dans l'extrême nord de l'Europe (Danemark, Pologne, mais aussi Suède et états baltes), la surface de maïs a cru très fortement entre 1995 et 2008. C'est aussi le cas en Allemagne, où la surface a augmenté de 500 000 ha depuis 1995 (ce qui représente proportionnellement une hausse moins importante, car la surface allemande était déjà élevée en 1995). En revanche, la surface de maïs a tendance à rester stable, voire à décroître, dans le sud de l'Europe (Italie, France, Slovaquie, mais aussi Espagne ou Hongrie).
Face à une évolution aussi constante et aussi contrastée entre le nord et le sud d'un continent régi par la même politique agricole, j'ai commencé à soupçonner que ce que j'observais était le résultat d'un changement rapide de climat. J'ai donc appelé l'un des grands spécialistes français de la physiologie des céréales.
Ma remarque ne l'a pas du tout surpris. En fait, elle correspondait à ce qu'il observait depuis des années : une remontée des espèces vers le nord au fur et à mesure que la fenêtre de culture des plantes s'élargissait - la fenêtre de culture correspond à la période qui sépare la date de semis de la date de récolte. Pour une plante comme le maïs, la fenêtre de culture est longue (au moins 5 mois). Dans un pays où les étés sont frais et les hivers précoces, la plante ne pourra donc pas achever son développement avant les premiers froids, ce qui limite singulièrement l'intérêt de la cultiver.
Quid du sud?
Ceci laisse une grande question : qu'en est-il dans le sud de l'Europe? Dans les pays méditerranéens (Italie, Grèce notamment), la surface laissée en jachère a en effet tendance à s'accroître. En Italie, cette hausse de la jachère concerne le sud du pays, où la culture du blé dur ou de l'orge a tendance à être abandonnée.
Mon interlocuteur a marqué un silence. "C'est une vraie question, m'a-t'il finalement dit. Les conditions climatiques qui sont envisagées pour le sud de l'Europe vont probablement dépasser les capacités d'adaptation d'une espèce comme le blé. La solution passe plutôt par de nouveaux assolements, basés sur des espèces plus résistantes à la sécheresse. Qui sait? En 2030, les Italiens cultiveront peut-être du sorgho ou du millet..."Si c'est le cas, on peut s'interroger sur ce que cultiveront les Maliens ou les Mauritaniens...
English version: heading north, the great crop migration
Image 1 : champ de blé dur en Toscane
Image 2 : champ de sorgho aux Etats-Unis
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mardi 27 mai 2008
Inconvenant ours polaire
Un classement préoccupant
Ces derniers temps, Sarah Palin, gouverneur républicaine de l'Etat d'Alaska, voit les ours polaires d'un mauvais oeil. Ces derniers ne viennent-ils pas d'être classés de façon fort inopportune sur la liste des espèces menacées des Etats-Unis ? La nouvelle n'augure rien de bon pour les plantigrades. Mais pour Mme Palin, elle n'augure surtout rien de bon pour l'économie de l'Alaska. L'ours polaire classé, ce sont les côtes nord et nord-ouest de l'état qui risquent de devenir inaccessibles à l'exploitation pétrolière et gazéifère... et des millions de dollars d'investissement qui risquent de s'envoler en fumée.
La pilule est d'autant plus dure à avaler que la population d'ours polaires de l'Alaska est aujourd'hui florissante ; comment imaginer dans ces conditions qu'elle puisse totalement disparaître d'ici 2050, ainsi que le prédisent certains scientifiques ?
Indissociable alliance
Pourtant, les faits semblent donner raison à ces cassandres : si l'ours polaire se porte encore bien, la glace arctique dont sa survie dépend se porte, elle, plutôt mal. Au rythme actuel, l'Arctique pourrait être totalement dégelé en été vers le milieu du 21ème siècle selon Environnement Canada. Les investisseurs se frotteront sans doute les mains à cette nouvelle, qui offre des opportunités économiques inédites (transport maritime plus rapide, exploitation de gisement pétrolifère inaccessibles actuellement). Pour les ours polaires toutefois, une telle évolution se révèlerait fatale : elle impliquerait une période trop longue sans possibilité de chasse des phoques annelés, amenant inévitablement l'espèce à l'extinction.
Les glaces de l'Arctique : un pivot climatique
Le sort de l'ours polaire ne préoccuperait sans doute pas grand monde s'il n'était pas inextricablement lié à celui de la planète. Les glaces de l'Arctique sont en effet vitales pour l'équilibre climatique de la Terre. Leur disparition entraînerait une "surchauffe" dont il est impossible de mesurer les conséquences. Le gouverneur Palin a raison : le classement en espèce menacée de l'ours polaire est très préoccupante pour l'Alaska. En fait, elle est même très préoccupante pour l'ensemble des habitants de cette planète.
Image : au Spitzberg...
Ces derniers temps, Sarah Palin, gouverneur républicaine de l'Etat d'Alaska, voit les ours polaires d'un mauvais oeil. Ces derniers ne viennent-ils pas d'être classés de façon fort inopportune sur la liste des espèces menacées des Etats-Unis ? La nouvelle n'augure rien de bon pour les plantigrades. Mais pour Mme Palin, elle n'augure surtout rien de bon pour l'économie de l'Alaska. L'ours polaire classé, ce sont les côtes nord et nord-ouest de l'état qui risquent de devenir inaccessibles à l'exploitation pétrolière et gazéifère... et des millions de dollars d'investissement qui risquent de s'envoler en fumée.
La pilule est d'autant plus dure à avaler que la population d'ours polaires de l'Alaska est aujourd'hui florissante ; comment imaginer dans ces conditions qu'elle puisse totalement disparaître d'ici 2050, ainsi que le prédisent certains scientifiques ?Indissociable alliance
Pourtant, les faits semblent donner raison à ces cassandres : si l'ours polaire se porte encore bien, la glace arctique dont sa survie dépend se porte, elle, plutôt mal. Au rythme actuel, l'Arctique pourrait être totalement dégelé en été vers le milieu du 21ème siècle selon Environnement Canada. Les investisseurs se frotteront sans doute les mains à cette nouvelle, qui offre des opportunités économiques inédites (transport maritime plus rapide, exploitation de gisement pétrolifère inaccessibles actuellement). Pour les ours polaires toutefois, une telle évolution se révèlerait fatale : elle impliquerait une période trop longue sans possibilité de chasse des phoques annelés, amenant inévitablement l'espèce à l'extinction.
Les glaces de l'Arctique : un pivot climatique
Le sort de l'ours polaire ne préoccuperait sans doute pas grand monde s'il n'était pas inextricablement lié à celui de la planète. Les glaces de l'Arctique sont en effet vitales pour l'équilibre climatique de la Terre. Leur disparition entraînerait une "surchauffe" dont il est impossible de mesurer les conséquences. Le gouverneur Palin a raison : le classement en espèce menacée de l'ours polaire est très préoccupante pour l'Alaska. En fait, elle est même très préoccupante pour l'ensemble des habitants de cette planète.
Image : au Spitzberg...
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lundi 17 mars 2008
La grande fièvre alpine

Val Thorens, la station de ski la plus haute d'Europe, envisage d'emballer un bout de glacier. L'information, parue dans le Dauphiné Libéré en juin dernier, est restée confidentielle. Pourtant, elle témoigne bien du malaise profond qui secoue actuellement les Alpes.
Des glaciers en détresse...
L'une après l'autre, les études scientifiques confirment en effet ce que les amoureux de la montagne observent depuis des années : les glaciers des Alpes vont mal. Selon une étude suisse parue en 2006, ils ont perdu 1/3 de leur surface et 50% de leur masse entre 1850 et 1980. Et ce n'est pas fini : ainsi que le fait remarquer une équipe de chercheurs franco-suisse, la majorité d'entres eux pourraient bien avoir disparu avant 2100.
... à sauver coûte que coûte
Dans nombre de vallées, ces observations inquiétent. Elles représentent en effet une menace très sérieuse pour la lucrative industrie touristique des Alpes. Si les petites stations se retrouvent acculées économiquement, les stations de plus grande taille tentent quant à elles de sauver leur gagne-pain par tous les moyens, allant s'il le faut jusqu'à emballer une partie de leurs glaciers dans des bâches réfléchissantes pour en limiter la fonte. La méthode est expérimentée depuis deux ans à Andermatt en Suisse et dans le massif du Stubai en Autriche.
Miracle ou mirage?
Miracle de l'inventivité humaine ou effort dérisoire? Depuis le début de ce mouvement de protection des glaciers, le débat fait rage, opposant la prise de conscience potentielle des touristes à la crainte d'une dénaturation de la montagne. En réalité, l'emballage des glaciers alpins fait surtout penser à l'arbre qui cache la forêt. Outre le fait qu'il semble difficilement envisageable de recouvrir la Mer de Glaces d'une bâche, la préoccupation pour la survie des domaines skiables n'est-elle pas dérisoire face à l'impact potentiel d'une fonte des glaciers des Alpes sur le débit de fleuves dont dépendent des millions d'Européens, comme le Rhône ou le Pô?
Image : glacier dans le Massif des Ecrins
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vendredi 1 février 2008
Champagne!
"Le grand public est extrêmement préoccupé par la question du changement climatique", m'ont déclaré plusieurs Britanniques à la mine grave la semaine dernière.
Venant d'un pays très axé sur les causes environnementales depuis la crise de la vache folle et qui s'est de plus récemment illustré par la publication du rapport Stern, ceci n'a sans doute rien d'étonnant. Pourtant, en Grande Bretagne comme ailleurs, il existe aussi des gens qui se réjouissent du changement climatique : parmi eux, on trouve les viticulteurs.
A première vue, les quelques centaines d'hectares de vignobles anglais peuvent prêter à sourire. Pourtant, en ces temps de crise de la viticulture européenne, la croissance du vignoble anglais est remarquable : à raison d'une hausse de 200 ha par an, la production de vins anglais (à ne pas confondre avec les vins britanniques, qui sont en fait des vins produits à partir de raisins importés) pourrait quadrupler en quelques années et atteindre le chiffre inattendu de 12 millions de bouteilles par an.
Ce développement spectaculaire attire depuis quelques mois de plus en plus d'intérêt. On murmure même dans les coulisses du monde du vin que des grands noms de la Champagne ont récemment traversé la Manche pour venir observer le phénomène de plus près. Et pour cause: alors que les sols du Sud-est anglais ont géologiquement la même origine que les sols champenois, un hectare de terre propre à la viticulture y coûte seulement 13 000€, soit environ 385 000€ de moins qu'en Champagne... En ces temps d'explosion des ventes du célèbre vin pétillant, voilà de quoi en faire réfléchir plus d'un!
Si les conditions climatiques ne sont pour l'instant pas toujours favorables à une production de qualité (quoique les vins pétillants anglais soient de plus présents dans les grandes compétitions internationales), ceci ne devrait pas durer : d'après les études climatiques réalisées sur la Grande Bretagne, les étés chauds et secs devraient devenir plus fréquents, à tel point qu'on estime actuellement qu'un été tel que 2003, marqué par des températures exceptionnellement élevées dans tout l'Ouest de l'Europe, pourrait être considéré comme un été frais en 2070. Voilà de quoi assurer de beaux jours à la viticulture anglaise...
Alors, champagne?
Image 1 : http://www.davenportvineyards.co.uk/images/photos/lyjune.jpg
Image 2 : http://www.bbc.co.uk/food/images/sparkling_300x193.jpg
Venant d'un pays très axé sur les causes environnementales depuis la crise de la vache folle et qui s'est de plus récemment illustré par la publication du rapport Stern, ceci n'a sans doute rien d'étonnant. Pourtant, en Grande Bretagne comme ailleurs, il existe aussi des gens qui se réjouissent du changement climatique : parmi eux, on trouve les viticulteurs.
A première vue, les quelques centaines d'hectares de vignobles anglais peuvent prêter à sourire. Pourtant, en ces temps de crise de la viticulture européenne, la croissance du vignoble anglais est remarquable : à raison d'une hausse de 200 ha par an, la production de vins anglais (à ne pas confondre avec les vins britanniques, qui sont en fait des vins produits à partir de raisins importés) pourrait quadrupler en quelques années et atteindre le chiffre inattendu de 12 millions de bouteilles par an.Ce développement spectaculaire attire depuis quelques mois de plus en plus d'intérêt. On murmure même dans les coulisses du monde du vin que des grands noms de la Champagne ont récemment traversé la Manche pour venir observer le phénomène de plus près. Et pour cause: alors que les sols du Sud-est anglais ont géologiquement la même origine que les sols champenois, un hectare de terre propre à la viticulture y coûte seulement 13 000€, soit environ 385 000€ de moins qu'en Champagne... En ces temps d'explosion des ventes du célèbre vin pétillant, voilà de quoi en faire réfléchir plus d'un!
Si les conditions climatiques ne sont pour l'instant pas toujours favorables à une production de qualité (quoique les vins pétillants anglais soient de plus présents dans les grandes compétitions internationales), ceci ne devrait pas durer : d'après les études climatiques réalisées sur la Grande Bretagne, les étés chauds et secs devraient devenir plus fréquents, à tel point qu'on estime actuellement qu'un été tel que 2003, marqué par des températures exceptionnellement élevées dans tout l'Ouest de l'Europe, pourrait être considéré comme un été frais en 2070. Voilà de quoi assurer de beaux jours à la viticulture anglaise...Alors, champagne?
Image 1 : http://www.davenportvineyards.co.uk/images/photos/lyjune.jpg
Image 2 : http://www.bbc.co.uk/food/images/sparkling_300x193.jpg
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dimanche 9 septembre 2007
Le cercle vicieux de l'Arctique

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis que les Russes sont allés planter un drapeau au pôle nord le 2 août, une sorte de "frénésie arctique" semble s'être emparée des diplomates. Que ce soit les Américains, les Canadiens, les Russes ou les Scandinaves, c'est à qui clamera le plus fort ses droits naturels et ancestraux sur les fonds arctiques et balaiera d'un revers de main méprisant les prétentions de ses concurrents.
Une fonte qui attire des convoitises...
La raison de cet intérêt subit? La fonte de l'Arctique s'accélère. Selon le National Snow and Ice Data Center, la surface gelée de l'Arctique en août 2007 était d'ores et déjà inférieure au précédent record, enregistré en 2005 à la fin du mois de septembre. La rapidité de la fonte des glaces a été telle cet été que même les modèles les plus pessimistes se sont révèlé incapables de la prévoir correctement. Voici de quoi réjouir plus d'un investisseur, pour qui la disparition des glaces permet d'envisager à moyen terme un accès aux réserves d'hydrocarbures des fonds artiques, qui pourraient se révéler supérieures à celles de l'Arabie Saoudite.
... et qui soulèvent des inquiétudes
Pourtant, la fonte de l'Arctique est loin d'être un sujet de réjouissance pour tout le monde. Pour les scientifiques, c'est même plutôt un énorme sujet d'inquiétude. Les pôles sont en effet un fantastique amplificateur potentiel du réchauffement climatique. Ceci vient du fait qu'il existe une différence fondamentale entre la glace et l'océan liquide : là où la première renvoie plus de 80% des rayons du soleil vers l'atmosphère, le second les absorbe à plus de 90%. A l'heure actuelle, la calotte glaciaire des pôles permet de limiter le réchauffement climatique en évitant qu'une partie de l'énergie solaire reçue par la Terre ne soit absorbée par cette dernière. Mais si la glace des pôles se met à fondre, cette énergie sera absorbée par la mer, ce qui favorisera l'augmentation de la température moyenne des océans. Or, plus une masse d'eau est chaude, plus elle se dilate, plus son niveau augmente...
Le paradoxe climatique
La nouvelle "frénésie polaire" des pays du Nord, qui ne voient dans la fonte de l'Arctique qu'un accès potentiel à des ressources fossiles jusque là inaccessibles, est typique d'un des grands paradoxes de ce début de 21ème siècle : alors que le réchauffement climatique prend de plus en plus l'allure d'un défi planétaire extrêmement urgent, l'inquiétude sur ses conséquences est d'une manière générale surtout manifestée par les spécialistes du domaine. Cette situation est exactement l'inverse de ce que l'on observe dans nombre de domaines scientifiques ayant des implications pour le grand public, tels que l'énergie nucléaire ou les OGM.
Pourquoi cette différence? Peut-être parce que les effets du réchauffement sont pour l'instant surtout visibles dans des zones peu peuplées. Peut-être aussi parce qu'il nous est difficile d'imaginer que les évènements qui se produisent actuellement en Arctique puisse avoir un impact déterminant sur nos vies et celles de nos enfants. Peut-être enfin parce qu'il est plus facile de faucher un champs de maïs que de modifier nos modes de vie.
Source :
Field Notes from a Catastrophe, de Elizabeth Kolbert
Photo :
http://www.interet-general.info/IMG/Norvege-Region-Tromso-Paysage-Arctique-1.jpg
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vendredi 17 août 2007
En attendant la technologie miracle...

Sans doute las d'attendre la technologie-miracle qui résoudra tous nos problèmes climatiques, les botanistes ont recours aux bonnes vieilles recettes traditionnelles. A l'initiative des Kew Royal Botanic Garden en Angleterre, ils sont en train de récolter à la hâte les graines de 10% des espèces végétales de la planète.
La situation est en effet alarmante; selon certaines estimations, plus de 40% des plantes européennes et africaines pourraient se retrouver menacées d'extinction d'ici 2080 à cause du changement climatique. Or, en plus d'être des pompes à CO2, certaines de ces plantes sont peut-être des sources présentes ou futures d'alimentation, de médicaments, de fibres, de matériaux de construction ou de carburant... dont la disparition risque de nous coûter très cher.
Alors, des candidats pour adopter un bébé palmier?
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lundi 23 juillet 2007
Floride : paroles, paroles...
Décidément, rien ne va plus au parti Républicain. Voilà maintenant que le gouverneur du quatrième Etat le plus peuplé du pays s'affiche comme un défenseur de la cause climatique !Charlie Crist, gouverneur de l'Etat de Floride, vient en effet d'annoncer qu'il comptait mettre en place un plan ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la péninsule. L'objectif affiché est de diminuer les émissions de 25% par rapport au niveau de 1990 d'ici 2025 et de les réduire à 1/5ème de leur niveau de 1990 d'ici 2050.
Pour atteindre ces objectifs, le gouverneur semble envisager le recours à la fameuse recette-miracle de la chasse au gaspillage (qui demande encore à faire ses preuves). Il veut ainsi promouvoir une meilleure efficience énergétique des usines, des bâtiments et des véhicules de Floride et a insisté sur la place (plus) importante qu'il compte accorder aux énergies renouvelables comme le solaire.
Un Etat particulièrement vulnérable
Il est vrai qu'à priori, la Floride a beaucoup à perdre en cas de réchauffement climatique majeur : avec une altitude moyenne de 30 mètres et plus de 2000 kilomètres de côtes, l'Etat est particulièrement vulnérable à la montée du niveau des eaux. Les 2/3 de ses précieuses plages, qui sont aujourd'hui sa principale source de revenue, pourraient d'ailleurs avoir disparu en 2100, entraînant avec elles la perte de richesses naturelles comme les Everglades ou les récifs coraliens (qu'adviendra-t'il de Disneyworld?). Selon l'étude réalisée par l'Union of Concerned Scientists, certaines zones de l'Etat seront également susceptibles de connaître de longues périodes de sécheresse, tandis que l'intensité des tempêtes tropicales pourrait augmenter. Selon le New York Times, il y a d'ores et déjà en Floride beaucoup de propriétaires qui peinent à trouver une compagnie disposée à les assurer...
Les ambitions du gouverneur Crist s'inscrivent dans la nouvelle mouvance républicaine
L'action du gouverneur Crist vise clairement à lancer son Etat et lui-même sur les traces de politiciens d'affiliation républicaine dont la prise de position en faveur de l'environnement a été très médiatisée ces derniers temps, comme le gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger ou le maire de New York City Michael Bloomberg. Mais ses déclarations ambitieuses seront-elles vraiment suivies dans la pratique par une véritable réduction des émissions?
De la théorie à la pratique : le grand fossé
Selon le New York Times, celà reste à vérifier. Pour commencer, il semble improbable que la Floride mette réellement en place des standards de consommation énergétique des véhicules, car elle n'y est pas autorisée sous la réglementation fédérale actuelle (et même si elle l'était, elle serait selon toute probabilité bloquée par la bataille légale qui continue à faire rage entre les Etats et l'Environmental Proctection Agency).
D'autre part, le manque d'enthousiasme de la population vis à vis de ces mesures rend leur pérennité douteuse. Les actions promues par le gouverneur d'un Etat peuvent en effet très bien être annulées par son successeur. Dans un système démocratique, seul un vrai support populaire peut assurer le maintien d'engagements politiques, surtout si ceux-ci sont censés s'étaler sur les quatre prochaines décennies.
Un tel support faisant pour l'instant défaut en Floride, il y a fort à parier que les engagements du gouverneur Crist ne seront guère plus que des mots. Il reste à espérer que lesdits mots inciteront les instances fédérales à se pencher enfin sérieusement sur le problème climatique. Pour que l'Etat du Soleil ne devienne pas la Venise de l'Amérique.
Photo : http://blog.bmykey.com/immobilier/
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vendredi 20 juillet 2007
An insight into a warmer future?
MILK and DAIRY PRICES
You may have heard that milk prices worldwide are rising at the
fastest rates ever. Unfortunately, prices for other dairy
products will be higher for the foreseeable future due to :
- An increased worldwide demand for milk
- Higher transportation costs
- Increased corn prices (the primary dairy cattle feed) because of the growth of the ethanol industry
Here is the notice that can now be found next to the jugs of milk in some grocery stores in the Boston area. If the price of milk by-products is still relatively stable, consumers now have to pay almost 4$ to buy a gallon of milk, which represents a 92 cents increase in comparison with last year.
It is undoubtedly a bad news for milk, cheese and other pizza addicts, but this notice is probably a very accurate insight of the life we will have in a warmer world. According to the Northeast Climate Impacts Assessment Synthesis Team, milk production in the Northeast (but also in the rest of the United States) is likely to be strongly impacted by warmer summers, as ruminants are highly sensitive to temperatures above 24°C (75°F). As summers get warmer, it will become more and more necessary to invest large amounts of money into new cooling capacities to ensure a stable production. Of course, such investments are more than likely to have an impact on milk prices...But milk production will also be negatively impacted in other parts of the world. The current increase of prices is partly due to the catastrophic drought currently experienced by the traditional suppliers of Asia's growing thirst for dairy products, Australia and New Zealand. Such production shortenings are likely to become common sight in the future.
Finally, milk prices are impacted by the fact that the percentage of the American corn crop used for the ever-increasing ethanol production has been rising sharply from 12% in 2004 to 20% in 2006, according to the American Coalition for Ethanol. No wonder then that milk prices are soaring! We probably better have to get used to black coffee... in our new warmer world.
Special thanks to Lucas Guillet and Claire Notin for the well-documented report on climate change and agriculture in the United States.
Photo : www.mothercow.org/
mercredi 27 juin 2007
La grande erreur de calcul de l'Ouest américain
L'autre Amérique
"La Californie? c'est quasiment un autre pays".
J'ai entendu cette phrase très souvent depuis mon arrivée à Boston. Généralement, elle est suivie d'un regard las vers la fenêtre, puis d'une longue explication sur les raisons pour lesquelles mon interlocuteur n'aime pas pelleter la neige pendant plusieurs mois chaque année (opinion qui me parait surprenante, car venant de personnes à priori susceptibles d'apprécier la rare possibilité de combiner gratuitement et utilement la séance de musculation avec le plein air).
Il faut toutefois reconnaître que question climat, la Californie et la côte ouest en général appartiennent effectivement à un autre pays. Un pays qui correspond dans l'imaginaire collectif à une plus grande douceur de vivre, associée au soleil, aux vignobles et à un certain hédonisme. Et pourtant... Si j'en crois les dernières recherches climatologiques menées sur l'Ouest américain, la douceur de vivre californienne risque fort de se transformer en cauchemar.
Le talon d'Achille de l'Ouest américain
Le problème de la Californie, comme celui de tout l'Ouest américain, c'est l'eau. Dans toute cette région, 90% des précipitations sont en effet reçues en hiver, essentiellement sous forme de neige, qui s'accumule sur les montagnes de la chaîne des Rocheuses. Au printemps, la fonte des neiges entraîne un brusque apport d'eau en plaine. Puis vient la longue période estivale, marquée dans tout le Sud-ouest par une forte sécheresse.
Face à ce déséquilibre peu propice, les habitants des Etats de l'Ouest ont procédé pendant toute la première moitié du 20ème siècle à une série d'aménagements fluviaux, allant du détournement des rivères à la construction d'aqueducs ou de grands barrages, de façon à s'assurer un accès à l'eau pendant la période estivale. Ces aménagements, parfois pharaoniques, comme le gigantesque lac Powell, qui retient l'eau du Colorado, ont permis aux Etats du Pacifique et des montagnes Rocheuses d'absorber plus de 60 millions de personnes depuis les années 30, soit 1/5ème de la population américaine. Encore aujourd'hui, leur croissance démographique est la plus élevée du pays.
La fin de la période bénie?
Malheureusement, ce développement semble avoir reposé sur une imprévisible erreur de calcul. Selon les scientifiques, le 20ème siècle a en effet été dans cette région la 3ème ou 4ème période la plus humide des dernières 4000 années. Ceci revient à dire que le climat habituel du Sud-ouest est en moyenne beaucoup plus sec que celui dont ont profité les habitants de la région pendant les cent dernières années. Et il semble que celà commence à se sentir.
Depuis 1999, le Sud-ouest américain est confronté à une sécheresse ininterrompue, qui a vidé le lac Powell aux deux-tiers, amené plus de 400 000 hectares de forêts à partir en fumée en 2002 et réveillé les vieilles querelles pour l'accès à l'eau entre agriculteurs et citadins. Un évènement isolé? Pas si sûr.
Les derniers modèles climatologiques (qui ne prennent pas en compte la possibilité de sécheresse à long terme comme celle que l'Ouest traverse actuellement) prévoient en effet une augmentation moyenne de la température de la région de 2 à 8°C au cours du 21ème siècle. Dans l'hypothèse basse, il est estimé que les réserves d'eau de la Californie pourraient diminuer d'1/3 d'ici 2060 et de moitié d'ici à 2090. Jusqu'ici, je n'ai pas trouvé de prédictions sur les conséquences de l'hypothèse haute...
De telles perspectives sont évidemment dramatiques pour la Californie. Elles expliquent sans doute le niveau d'engagement de l'Etat dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais son action, encore isolée et qui débute à peine, suffira-t'elle vraiment à freiner la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre rejetée dans l'atmosphère?
Source : Thin Ice, Unlocking the secrets of Climate in the World's Highest Mountains, de Mark Bowen.
Photo : http://parkerlab.bio.uci.edu/nonscientific_adventures/escalante_utah.htm
"La Californie? c'est quasiment un autre pays".
J'ai entendu cette phrase très souvent depuis mon arrivée à Boston. Généralement, elle est suivie d'un regard las vers la fenêtre, puis d'une longue explication sur les raisons pour lesquelles mon interlocuteur n'aime pas pelleter la neige pendant plusieurs mois chaque année (opinion qui me parait surprenante, car venant de personnes à priori susceptibles d'apprécier la rare possibilité de combiner gratuitement et utilement la séance de musculation avec le plein air).
Il faut toutefois reconnaître que question climat, la Californie et la côte ouest en général appartiennent effectivement à un autre pays. Un pays qui correspond dans l'imaginaire collectif à une plus grande douceur de vivre, associée au soleil, aux vignobles et à un certain hédonisme. Et pourtant... Si j'en crois les dernières recherches climatologiques menées sur l'Ouest américain, la douceur de vivre californienne risque fort de se transformer en cauchemar.
Le talon d'Achille de l'Ouest américain
Le problème de la Californie, comme celui de tout l'Ouest américain, c'est l'eau. Dans toute cette région, 90% des précipitations sont en effet reçues en hiver, essentiellement sous forme de neige, qui s'accumule sur les montagnes de la chaîne des Rocheuses. Au printemps, la fonte des neiges entraîne un brusque apport d'eau en plaine. Puis vient la longue période estivale, marquée dans tout le Sud-ouest par une forte sécheresse.
Face à ce déséquilibre peu propice, les habitants des Etats de l'Ouest ont procédé pendant toute la première moitié du 20ème siècle à une série d'aménagements fluviaux, allant du détournement des rivères à la construction d'aqueducs ou de grands barrages, de façon à s'assurer un accès à l'eau pendant la période estivale. Ces aménagements, parfois pharaoniques, comme le gigantesque lac Powell, qui retient l'eau du Colorado, ont permis aux Etats du Pacifique et des montagnes Rocheuses d'absorber plus de 60 millions de personnes depuis les années 30, soit 1/5ème de la population américaine. Encore aujourd'hui, leur croissance démographique est la plus élevée du pays.
La fin de la période bénie?
Malheureusement, ce développement semble avoir reposé sur une imprévisible erreur de calcul. Selon les scientifiques, le 20ème siècle a en effet été dans cette région la 3ème ou 4ème période la plus humide des dernières 4000 années. Ceci revient à dire que le climat habituel du Sud-ouest est en moyenne beaucoup plus sec que celui dont ont profité les habitants de la région pendant les cent dernières années. Et il semble que celà commence à se sentir.
Depuis 1999, le Sud-ouest américain est confronté à une sécheresse ininterrompue, qui a vidé le lac Powell aux deux-tiers, amené plus de 400 000 hectares de forêts à partir en fumée en 2002 et réveillé les vieilles querelles pour l'accès à l'eau entre agriculteurs et citadins. Un évènement isolé? Pas si sûr.
Les derniers modèles climatologiques (qui ne prennent pas en compte la possibilité de sécheresse à long terme comme celle que l'Ouest traverse actuellement) prévoient en effet une augmentation moyenne de la température de la région de 2 à 8°C au cours du 21ème siècle. Dans l'hypothèse basse, il est estimé que les réserves d'eau de la Californie pourraient diminuer d'1/3 d'ici 2060 et de moitié d'ici à 2090. Jusqu'ici, je n'ai pas trouvé de prédictions sur les conséquences de l'hypothèse haute...
De telles perspectives sont évidemment dramatiques pour la Californie. Elles expliquent sans doute le niveau d'engagement de l'Etat dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais son action, encore isolée et qui débute à peine, suffira-t'elle vraiment à freiner la croissance continue des émissions de gaz à effet de serre rejetée dans l'atmosphère?
Source : Thin Ice, Unlocking the secrets of Climate in the World's Highest Mountains, de Mark Bowen.
Photo : http://parkerlab.bio.uci.edu/nonscientific_adventures/escalante_utah.htm
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lundi 11 juin 2007
A new recipe to curb U.S. emissions?

Europe should try to move to a more U.S.-style economic model
Workers from all around the world, here is a piece of news that might interest you! It looks like some researchers in Washington D.C. have found a new solution to curb the U.S. carbon emissions.
I have just read a report published by the Center for Economics and Policy Research. The report studies the impact of long working weeks on the global warming issue. As the authors, David Rosnick and Mark Weisbrot, rightly observe, there is a general transatlantic consensus that Europe needs to move to a more U.S.-style economic model, and especially needs to allow more labor market flexibility (i.e. allow less regulation of business, more latitude to fire employees...)
Americans work more than Europeans, but they also tend to consume more energy per unit of GDP
Yet, according to this study, such an evolution could have highly negative effects on the energy use in Europe. Here are the facts: in 2003, Americans worked in average 1817 hours a year, while their European counterparts work in average 1650 hours a year. At the same time, the energy consumption of the United States was around 0.27 kg of oil equivalent per dollar of GDP* in 2005, while the average European energy consumption was close to 0.21 kg of oil equivalent per dollar of GDP.
Longer working hours tend to increase the energy bill
In the authors' view, the higher energy use in the US per unit of GDP is due to the longer time spent at work. Their explanation is actually quite simple: when you work more, you've got less time. Therefore, you'll be more prone to avoid time-consuming activities (that also tend to consume less energy), like drying your laundry on a clothesline, cooking or walking to work.
With shorter working hours, Americans could reach the Kyoto targets
Assuming a constant energy efficiency (energy used per unit of GDP) and a constant productivity (GDP per hour of work), the authors calculated that if the workers in the U.S. had worked as much as people in the EU-15 in 2002, the country would have decreased its energy bill by 20%, and would have emitted 3% less carbon dioxide than in 1990, thus reaching easily the Kyoto targets...
Should we start reconsidering the classic economic theory in the light of the new global challenge we face?
* GDP : Gross Domestic Product ou Produit Intérieur Brut
Photo: Nicolas.
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mercredi 6 juin 2007
On dirait le Sud...
Le climat du Nord-Est va changer, mais jusqu'à quel point?Je reviens de quelques jours de randonnée dans les Montagnes Blanches du New Hampshire. La région, proche de la frontière canadienne, est magnifique.
Au cours d'une halte dans un refuge, je suis tombée sur un panneau décrivant les résultats d'une étude réalisée conjointement par l'Union of Concerned Scientists et une équipe d'experts indépendants. L'étude est une prédiction des impacts du changement climatique sur la région Nord-Est des Etats-Unis, qui s'étend de la Pennsylvanie à la frontière canadienne et où vit un Américain sur cinq.
Les auteurs de cette étude dressent un tableau plutôt sombre de la situation, insistant sur le fait que des modifications majeures du climat du Nord-Est sont aujourd'hui inévitables. L'importance de ces modifications dépend toutefois des choix que nous allons tous effectuer dans les prochaines années.
Du New Hampshire à la Caroline du Nord?
Dans l'hypothèse où l'économie mondiale continuerait à s'appuyer lourdement sur les énergies fossiles, entraînant en 2100 une concentration de CO2 dans l'atmosphère de 940 ppm (soit trois fois plus qu'avant le début de l'ère industrielle), le Nord-est des Etats-Unis pourrait voir sa température moyenne augmenter de 4 à 6°C en hiver et de 3 à 9°C en été. Le printemps arriverait 3 semaines plus tôt et l'été durerait 6 semaines de plus. D'ici la fin du 21ème siècle, la longueur de la saison propice aux chutes de neige pourrait diminuer de moitié, tandis que des villes comme Philadelphie, New York ou Boston pourraient se retrouver confrontées à 14 à 28 jours par an où la température serait supérieure à 37,7°C (au lieu de 1 à 2 jours par an actuellement).

Selon ce scénario, le climat estival du New Hampshire pourrait ressembler en 2100 à celui observé actuellement en Caroline du Nord, un Etat situé environ 1000 km plus au sud.Ou du New Hampshire à la Virginie?
Dans l'hypothèse où l'économie mondiale diminue sa dépendance envers les énergies fossiles de manière à atteindre une concentration de CO2 dans l'atmosphère de 550 ppm en 2100 (soit le double de la concentration observée avant l'ère industrielle), le Nord-Est pourrait voir sa température moyenne augmenter de 2,8 à 5°C en hiver et de 1,5 à 5°C en été. Selon ce scénario, la longueur de la saison propice aux chutes de neige pourrait diminuer d'un quart. A la fin du 21ème siècle, le printemps arriverait alors une à deux semaines plus tôt et la durée de l'été serait augmentée de 2 semaines et demies. Philadelphie, New York ou Boston ne connaîtraient cependant que quelques jours par an où la température serait supérieure à 37,7°C.
Selon ce scénario, le climat estival du New Hamshire à la fin du 21ème siècle ressemblerait au climat actuel de la Virginie (environ 700 km plus au sud).
Le choix dépend de nous...
L'avenir du Nord-Est américain, comme des autres régions du globe, est entre nos mains. Il dépend des choix cruciaux que nous allons réaliser au cours de la prochaine décennie. Souhaitons nous vraiment voir le climat des Etats du Sud à la frontière canadienne?
Graphe 1
Source : http://scenicus.com/NH/wa.jpg
Graphe 2
Titre : "Migrations" projetées du climat estival du New Hampshire.
Source: Climate Change in the U.S. Northeast
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mercredi 23 mai 2007
Et la Chine?
Je viens de lire un article alarmant publié le 21 mai dans la prestigieuse revue Proceedings of the National Academy of Sciences, qui devrait amener à une reconsidération des mesures actuelles mises en place pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre.
D'après les auteurs de l'article, les émissions mondiales de CO2 ont crû entre 2000 et 2004 à un rythme de 3,3%, ce qui est supérieur aux prédictions les plus pessimistes utilisées dans les récents rapports du GIEC. Par ailleurs, il semble que depuis 2000, les émissions de CO2 augmentent à un rythme plus élevé que le PIB de nombreux pays. Ceci est révélateur d'une hausse de la consommation d'énergie et de l'augmentation de la part du carbone dans la production énergétique mondiale.
Le club fermé des pays développés, qui est responsable de 77% des émissions de CO2 depuis le début de la Révolution Industrielle, est aujourd'hui rattrapé par des nouveaux acteurs, en particulier la Chine. En 2004, 41% du CO2 relâché dans l'atmosphère a été émis par les pays en développement.
Si une telle progression se poursuit, il deviendra urgent d'envisager un accord international qui inclut la participation des pays en développement. Voilà qui devrait faire très plaisir à l'administration Bush, qui utilise cet argument depuis des années pour ne pas signer le protocole de Kyoto...
D'après les auteurs de l'article, les émissions mondiales de CO2 ont crû entre 2000 et 2004 à un rythme de 3,3%, ce qui est supérieur aux prédictions les plus pessimistes utilisées dans les récents rapports du GIEC. Par ailleurs, il semble que depuis 2000, les émissions de CO2 augmentent à un rythme plus élevé que le PIB de nombreux pays. Ceci est révélateur d'une hausse de la consommation d'énergie et de l'augmentation de la part du carbone dans la production énergétique mondiale.
Le club fermé des pays développés, qui est responsable de 77% des émissions de CO2 depuis le début de la Révolution Industrielle, est aujourd'hui rattrapé par des nouveaux acteurs, en particulier la Chine. En 2004, 41% du CO2 relâché dans l'atmosphère a été émis par les pays en développement.
Si une telle progression se poursuit, il deviendra urgent d'envisager un accord international qui inclut la participation des pays en développement. Voilà qui devrait faire très plaisir à l'administration Bush, qui utilise cet argument depuis des années pour ne pas signer le protocole de Kyoto...
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