mardi 29 mars 2011
Pourquoi je n'aime pas les prospectus
C'est du moins la conclusion à laquelle je suis arrivée après avoir parcouru avec une perplexité grandissante le prospectus envoyé gracieusement à mon domicile par la campagne "j'aime mon prospectus", téléchargeable pour les curieux en cliquant ici.
Du papier à la publicité...
Je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps : "j'aime mon prospectus" m'écrit pour m'expliquer pourquoi le prospectus est indispensable à ma vie quotidienne. Jusque là, tout est très logique : avec un nom pareil, il était improbable que cette campagne vise à me convaincre de la nécessité de parrainer d'urgence le panda géant, menacé d'extinction. Non, là où les choses glissent insensiblement dans le surréalisme, c'est que "j'aime mon prospectus" a axé sa communication sur le fait que "nous serions drôlement mal partis dans un monde sans papier, le produit vert par excellence". Et là, je m'excuse, mais je ne vois pas le rapport.
Que le papier soit indispensable à notre vie quotidienne, soit. Qu'il soit un produit vert, ça se discute... Et quoi qu'il en soit, cela n'absout en rien la marée de prospectus reçue presque quotidiennement par le citoyen lambda. Car à mon sens, le gros problème du prospectus, ce n'est pas tellement le fait qu'il soit fabriqué à partir de papier (encore heureux, il ne manquerait plus qu'il soit en plastique!), c'est le fait qu'il soit l'instrument d'une consommation excessive, délétère pour l'environnement et le porte-monnaie.
... ou l'escalade de la production de déchets
D'après "j'aime mon prospectus", 65% des gens ayant reçu un prospectus procèdent à un achat qui y est lié. Cette affirmation m'a laissée pensive. Je constate en effet que la majorité des prospectus que je reçois concernent des produits alimentaires. Or, ces derniers font partie des produits pour lesquels les consommateurs sont captifs ; il est bien évident que les gens continueront de se nourrir, quelque soit la conjoncture économique. On peut donc s'interroger sur la nécessité de promouvoir les achats de nourriture, surtout quand on sait que dans les pays développés, cette dernière finit en moyenne pour 30% à 40% directement dans la poubelle. N'aurait-il pas été plus honnête de faire remarquer que les prospectus favorisent les achats compulsifs de produits qui ne seront jamais mangés ou utilisés et génèrent en conséquence des déchets très importants ?
Je m'en vais de ce pas coller une étiquette "pas de publicité" sur ma boîte aux lettres.
jeudi 17 février 2011
Petite histoire de chauffage...
Je ne vous infligerai pas à nouveau la classique litanie sur le fait que les dépenses énergétiques liées au chauffage augmentent fortement pour chaque degré gagné en température intérieure, vous avez certainement bien d'autres occasions de l'entendre. En revanche, permettez moi de vous signaler l'existence d'une récente étude, publiée dans le journal scientifique Obesity Review. Selon cette dernière, la hausse de la température moyenne des maisons aux Etats-Unis (qui est passée de 19,3°C en 1987 à 20,2°C en 2005) pourrait bien avoir favorisé l'aggravation de l'épidémie d'obésité qui sévit dans ce pays. En effet, la baisse des dépenses énergétiques qui résulte d'un chauffage accru des maisons limiterait la présence de tissu adipeux brun ( impliqué dans la thermorégulation de l'organisme), et le peu qui resterait serait de surcroît moins efficace. C'est bien dommage, car pour exercer son office de radiateur intégré, ce dernier prélève abondamment dans la graisse classique - nos fameuses petites poignées d'amour...
Quand on sait qu'en moyenne, un bébé Américain né en 2010 peut espérer vivre 3 ans de moins qu'un Français né la même année et 4 ans de moins qu'un Japonais, et que 20% à 30% de cette différence serait liée au surpoids, on ne peut pas s'empêcher de conclure que chauffer ou ne pas chauffer, telle est bel et bien la question !
dimanche 21 novembre 2010
Ce solaire qui pourrait entraîner la nuit
dimanche 17 octobre 2010
A Isesaki, les barbes ne sont pas vertes
L'approche s'inscrit dans le cadre du Cool Biz, une campagne nationale appliquée chaque été depuis 2005. Celle-ci vise à réduire la consommation d'énergie liée à l'air conditionné en promouvant la hausse des thermostats et l'adoption de tenues moins formelles que le costume-cravate pour aller travailler. Si les résultats de la mesure semblent réels (1,14 millions de tonnes de CO2 auraient été économisées en 2006, soit l'équivalent des émissions de 2,5 millions de ménages japonais pendant 1 mois), on voit mal en quoi le port de la barbe pourrait se révéler de nature à augmenter fortement la consommation d'énergie estivale du Japon, d'autant plus que cette perte devrait être logiquement compensée par des besoins moindres en chauffage durant l'hiver... Selon le Guardian, les origines de cette interdiction seraient plutôt à rechercher dans le fait qu'au Japon, le port de la barbe est historiquement considéré comme un signe de pouvoir ou d'agressivité.
mercredi 14 juillet 2010
S'il ne reste plus qu'un dernier choix...
Photo : le cimetière de Lihme, Danemark, vu par Nicolas
vendredi 2 juillet 2010
Les océans tu fertiliseras
L'idée initiale semble pourtant de nature à faire vibrer de nombreux ingénieurs et financiers. Il s'agit de rajouter du fer dans des zones océaniques qui sont caractérisées par de faibles concentrations en ce nutriment indispensable à la photosynthèse. Par ce biais, on favorise la multiplication du phytoplancton, qui va absorber du CO2 pour croître. En mourant, une partie de ce phytoplancton rejoindra le plancher océanique, entraînant avec lui le CO2 absorbé. Selon une analyse parue en 2009, on pourrait de cette manière diminuer de quelques ppm la concentration en CO2 de l'atmosphère (-15 ppm pour une concentration supposée de 700 ppm en 2100 ou un peu plus de 30 ppm pour un scenario de 800 ppm de CO2 en 2100).
Voilà pour la théorie. Dans la pratique, l'idée soulève toutefois de nombreuses interrogations et inquiétudes. La première est l'efficacité réelle de la méthode, qui n'a jusqu'à présent été testée qu'avec des quantités modérées de fer et sur des périodes inférieures à un mois. Par ailleurs, les conséquences d'une explosion des populations de phytoplancton dans des zones normalement pauvres en biomasse sont difficiles à prévoir. Enfin, la masse de phytoplancton mort qui tombe au fond des océans sera pour la majorité reminéralisée dans le futur et le CO2 sera alors relâché dans l'atmosphère, ce qui diminue singulièrement l'intérêt de la méthode.
Les façons cavalières de certaines start-ups positionnées sur le créneau de la fertilisation océanique ont contribué à cristalliser ces inquiétudes. C'est notamment le cas de Planktos, une société californienne qui a défrayé la chronique en 2007. L'entreprise avait en effet annoncé son intention de répandre 600 tonnes de fer dans les environs des îles Galapagos. L'annonce avait provoqué un tollé, l'action ne paraissant pas légale au regard des lois américaines, qui interdisent le relargage sans permis de matériel chimique à la mer. Face à ces attaques, Planktos avait annoncé que l'opération serait effectuée sous un pavillon de complaisance, se mettant de ce fait hors d'atteinte de la juridiction américaine. La société a sombré avant de pouvoir mettre ses projets à exécution, faute de financements.
L'épisode a laissé des traces profondes dans le monde de la géo-ingénierie. Il s'est notamment soldé par une modification de la Convention de Londres de l'Organisation Maritime Internationale, qui régit le relargage de déchets dans les océans. Cette dernière spécifie maintenant que les activités de fertilisation des océans à des fins autres que la recherche ne devraient pas être autorisées. D'ailleurs, même les activités de recherche sur la question ne sont plus vues d'un très bon œil, ainsi que l'ont démontré les réactions peu positives lors du lancement en 2009 de l'expédition expérimentale d'une équipe de l'Alfred Wegener Institut de Bremerhaven en Allemagne... Ce mouvement de défiance est-il temporaire ? Seul l'avenir le dira. Dans l'immédiat, il semble en tous cas que les océans peuvent rester anémiés. Et c'est sans doute tant mieux.
mercredi 9 juin 2010
Workaholics in your company? Keep your cubicles!
Yet, before moving from cubicles to open workspace, managers may be well inspired to take a closer look at their energy expenses, especially if the company hosts one or several workaholics.
This is what was discovered by the consultants of the French Environment and Energy Management Agency (ADEME) when they realized the first energy assessment of a brandnew building in Paris, built with the specific aim of minimizing its energy intake. At first, the consultants could barely believe what they saw: instead of the expected model "green" building, they were actually leafing through enormous energy bills! In order to understand what was happening in this place, the building was examined from roof to floor, but no previously undetected energy leak was found. On the other hand, when consulants started to scrutinize the company habits and workforce, they discovered that one of the manager had very peculiar working hours. He was indeed working at night. And unfortunately, the open workspace meant that the presence of one single person was enough to keep the heating and cooling system working outside normal working hours... and hence ruining the energy savings made the rest of the time!
This story is based on a small part of the speech given during a conference (Smart Grid et Smart Homes : évolution ou révolution) held by the Profesionnal Group Centrale-Energies on May 20, 2010.
dimanche 9 mai 2010
Les nuages tu ensemenceras
Small is whiter
L'idée qu'ils défendent ne date pas d'hier ; elle a fait l'objet d'une publication de John Latham dans la très prestigieuse revue Nature en 1990. Le concept général en est simple : les nuages sont formés de vapeur d'eau, qui se condense en gouttelettes autour de fines particules solides, appelées "noyaux de condensation". Faisant sienne la devise "égalité", la vapeur d'eau tend à se condenser sur chaque noyau. Dans un nuage riche en noyaux et à quantité de vapeur d'eau égale, les gouttelettes auront donc tendance à être plus petites. Or, à masse égale, plus les gouttelettes d'un nuage sont petites, plus le nuage est blanc et plus il réfléchit les rayons solaires ; il a un albédo plus élevé.
Bonnet d'âne pour les stratocumulus
Dans cette course à l'albédo, les stratocumulus, qui recouvrent 25% à 30% de la surface océanique, notamment dans les régions subtropicales, font souvent figure de cancres. Nuages de basse altitude, ils passent en effet fréquemment leur vie en mer. Or, un nuage est plus riche en noyaux de condensation s'il traverse des terres, où il pourra se charger en poussière et autres résidus volatiles. Face à ce problème existe une solution (relativement) simple : il "suffit" d'ensemencer ces nuages en particules, ce qui permettra d'augmenter leur albédo et nous offrira un répit pouvant peut-être aller jusqu'à 25 ans !
Des vertus cachées du sel de mer
Pour ce faire, Latham et Salter proposent de mettre en place une flotte de machines qui fonctionneraient à l'énergie éolienne et pomperaient l'eau de mer pour la rejeter dans l'atmosphère sous forme de très fines gouttelettes. Ces gouttelettes contiendraient des cristaux de sel, qui joueraient le rôle de noyaux de condensation. Bien sûr, comme les cristaux de sel auraient tendance à retomber rapidement sous forme de pluie, l'effet réfléchissant ne serait que temporaire et son maintien nécessiterait un travail constant des machines. Néanmoins, la méthode présenterait l'avantage d'être flexible (on pourrait moduler le travail des machines à distance et déplacer la flotte en fonction de l'emplacement des nuages) et d'être basée sur des éléments non-polluants, puisqu'il s'agit d'eau de mer et de vent. Par ailleurs, les effets de cette activité pourraient se dissiper très rapidement en cas de problème imprévu.
Tous les chercheurs ne sont toutefois pas aussi enthousiastes que Latham et Salter. Selon une équipe de scientifiques du MetOffice qui s'est penchée sur la question, l'opération pourrait notamment se solder par une forte réduction des pluies au dessus de l'Amérique du sud... ce qui reviendrait à accélérer l'agonie de la forêt amazonienne.
Le débat reste donc ouvert. Mais pour combien de temps ?
Image : ciel des Alpes, vu par Sophie
vendredi 23 avril 2010
La phrase... de Bertrand Barré
Ainsi parle Bertrand Barré, ingénieur spécialiste du nucléaire, dans un récent article publié par l'Expansion. Loin de représenter un accès de nostalgie un peu ringard, ces propos sont significatifs. Ils illustrent en effet le changement sans précédent qui a marqué l'humanité au cours des dernières décennies.
Selon l'ONU, la population mondiale a ainsi pratiquement triplé en deux générations, passant de 2,5 milliards d'humains en 1950 à presque 7 milliards en 2010. Durant la même période, le niveau de vie des individus a beaucoup augmenté. En regardant l'espérance de vie à la naissance, un indicateur qui reflète des aspects aussi variés que le taux de mortalité infantile, les politiques de santé publique et l'accès aux soins médicaux et à la nourriture, on constate une progression fulgurante des chiffres. Alors qu'en 1900, un Américain ou un Britannique avait une espérance de vie à la naissance de 47 ans, un bébé naissant dans les même pays aujourd'hui peut espérer vivre près de 80 ans. Dans un pays très pauvre, comme le Bangladesh, l'espérance de vie à la naissance est d'ores et déjà supérieure de plus de 15 ans (64 ans) à celle observée aux États-Unis et au Royaume-Uni en 1900.Selon toute probabilité, ces différents chiffres ne vous sont pas totalement étrangers. Ils sont évoqués de manière suffisamment fréquente pour ne plus susciter qu'un intérêt modéré chez la plupart d'entre nous. Pourtant, ils sont loin d'être anodins. La conjonction de la hausse spectaculaire du niveau de vie et de la taille de la population explique en bonne partie l'envolée des émissions de gaz à effet de serre observée au cours des dernières décennies. Mais en plus d'être la cause du problème, ces deux évolutions conditionnent également les réponses que nous pouvons y apporter. En effet, il est probable que les réflexes hérités du passé, y compris du passé récent, se révèlent obsolètes dans le contexte actuel. Les solutions adaptées à un monde de 3 milliards d'humains (avant 1960) ou de 5 milliards d'humains (1990) ne sont probablement pas les plus à même de répondre aux besoins d'un monde de 7 milliards d'humains ou plus.
Quelque part au cours du 20ème siècle, l'humanité a changé l'échelle du problème auquel elle était confronté. Par là même, elle a également changé la nature du problème. Cet aspect n'est pas forcément bien intégré dans les solutions proposées pour le résoudre. Il serait pourtant important d'en tenir compte... car c'est rarement dans l'urgence que l'on se révèle le plus créatif.
Image : évolution démographique depuis le Néolithique. Source : musée de l'Homme
jeudi 22 avril 2010
Le plan B a le vent en poupe
Face à cette question pressante, les solutions proposées par la géo-ingénierie sont inventives, allant de la capture du CO2 atmosphérique par des arbres artificiels à l'installation dans l'atmosphère de miroirs réfléchissants les rayons solaires. En cas d'application, ces différentes mesures auraient un impact parfois difficile à prévoir pour l'ensemble des habitants de la planète. A ce titre, elles ne devraient pas être passées sous silence. En conséquence, elles seront décrites à l'avenir sur Le grand dégel, sous la rubrique géo-ingénierie.
dimanche 7 février 2010
... n'y a t'il vraiment plus d'espoir ? (2)
Dans Noir c'est noir... nous avons vu que les émissions moyennes d'un Français étaient 4 fois supérieures à ce qu'elles devraient être selon le rapport 2007 du GIEC. Face à ce constat, ... n'y a t'il vraiment plus d'espoir ? (1) nous a donné des solutions pour réduire nos émissions individuelles de 25% à travers des actions sur les postes transport et logement. Mais des économies sont également possibles sur d'autres postes! Suivons le guide*...
* dans un souci de clarté et pour faciliter les comparaisons, les calculs décrits ci-dessous ont tous été effectués via le bilan carbone personnel de l'ADEME.
Alimentation (19%)
4. Ce n'est pas politiquement correct, mais ça n'en correspond pas moins à une réalité : la consommation quotidienne de protéines animales a un impact significatif sur la santé et sur l'environnement. Entendons nous bien : je ne prône pas le régime végétarien. Mais entre le régime végétarien et le régime actuel d'un Européen ou d'un Américain (1,6 kg de viande par semaine en Europe et 2,4 kg de viande par semaine aux Etats-Unis selon la FAO), il y a tout de même une marge de manœuvre! Le régime carné actuel d'un Français implique l'émission de 300 kg eq. C par an. Si ce même Français suivait les recommandations du Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer, qui incite à limiter sa consommation de viande de boucherie (bœuf, agneau, porc) à 500 g de viande cuite par semaine — soit presque deux fois moins que la moyenne actuelle — et gardait par ailleurs une consommation moyenne de volaille et de poisson (environ 1 kg par semaine au total), ses émissions se réduiraient à 200 kg eq. C par an.
5. Ça n'a l'air de rien, mais boire l'eau du robinet plutôt que de l'eau en bouteille fait économiser 66 kg eq. C par an.
6. Il est évidemment beaucoup plus facile de contrôler son alimentation en cuisinant soi-même. Les plats préparés sont donc à éviter.
7. Les mangues, les tomates et les fraises sur les étalages au mois de janvier sont très tentantes. Malheureusement, leur consommation est responsable de 22 kg eq. C émis en moyenne par Français. En ne consommant que des produits de saison locaux (ce qui augmente grandement la diversité de l'alimentation au jour le jour et le plaisir des repas), les émissions liées à la consommation de fruits et légumes peuvent être réduites de 75%.8. Malgré leur côté pratique, les hypermarchés et supermarchés de périphérie ne sont pas la panacée pour qui souhaite réduire ses émissions. Il semblerait en effet que faire ses courses dans ce type de commerce entraîne l'émission d'environ deux fois plus de gaz à effet de serre que le fait de les faire dans les commerces de proximité : les urbanistes vous diront que c'est logique, dans la mesure où il est difficile de se passer de sa voiture quand on va dans un hypermarché. Favoriser le commerce de proximité peut également avoir un avantage caché : le choix étant moins large, le consommateur achète peut-être moins, ce qui pourrait aider à réduire le pourcentage de nourriture jetée chaque année — qui atteint actuellement le chiffre scandaleux de 30 à 40% dans les pays développés.
Bilan : en limitant sa consommation de viande de boucherie à 500 g par semaine et par personne, en ne buvant que l'eau du robinet et en n'achetant que des fruits et des légumes de saison, on peut potentiellement réduire ses émissions de 200 kg/an. Sur un total d'environ 500 kg/an en moyenne, ce n'est quand même pas négligeable!
Consommation de biens manufacturés (20%)
Sur la base de ses dépenses moyennes en biens manufacturés (ordinateurs, téléphone, vêtements et chaussures, produits de beauté, ect...), un Français émet environ 600 kg d'eq. C par an. Il n'est pas évident de dire quel est le potentiel de réduction sur ce poste. Toutefois, deux règles de base peuvent contribuer à une baisse significative des émissions :
9. Limiter l'exposition à la publicité , notamment pour les enfants et les adolescents. Ceci implique un usage restreint du principal vecteur de publicité dans les foyers : la télévision.
9. Préférer l'achat de produits de qualité à l'achat de produits peu chers, mais de qualité médiocre. D'une part, ceci permet de garder les produits achetés plus longtemps. D'autre part, ceci revient souvent à encourager une production locale plutôt qu'une production importée. En particulier, il est intéressant d'éviter autant que possible l'achat de produits chinois, car si la Chine n'est pas responsable du changement climatique observé jusqu'à présent, elle n'en est pas moins aujourd'hui le plus gros émetteur de gaz à effet de serre. De plus, l'efficacité énergétique de ses usines laisse encore énormément à désirer par rapport aux pays développés, comme l'illustre le graphe ci-dessous.
Bilan : l'application de ces dix mesures permet de réduire environ par deux le niveau d'émissions individuelles d'un Français. Elles représentent donc un pas important dans la direction recommandée par le GIEC. Ces astuces impliquent un changement significatif des habitudes de consommation individuelles. Toutefois, significatif ne veut pas dire insurmontable. La plupart de ces mesures sont en effet applicables au quotidien sans difficulté majeure - la restriction de l'usage de la voiture est à mon sens l'exception qui confirme la règle. Quel que soit le niveau de difficulté de ces mesures pour chacun, leur énumération permet de prendre conscience du décalage existant entre les efforts réellement nécessaires pour limiter l'impact du réchauffement climatique et l'image que se fait la société de l'effort à fournir ; malheureusement, il ne suffit pas de mettre des ampoules basse-consommation chez soi, d'acheter des avocats bio du Pérou et de trier ses déchets pour compenser le mode de vie occidental. Le problème est autrement plus vaste.
Image : Barcelone, vue par Marie Metge
lundi 1 février 2010
... n'y a-t'il vraiment plus d'espoir? (1)
Dans Noir, c'est noir... nous avons vu que :
1) le sommet de Copenhague n'a pas été à la hauteur des attentes
2) Le citoyen français émet en moyenne quatre fois plus de gaz à effet de serre que ce qui est recommandé dans le rapport 2007 du GIEC (ce calcul est réalisé sur la base d'une répartition équitable des émissions entre tous les habitants de la planète)
3) au niveau individuel, ces émissions sont essentiellement liées à nos modes de transport, nos logements, notre alimentation et nos achats de biens manufacturés... soit la presque totalité de nos activités.

* dans un souci de clarté et pour faciliter les comparaisons, j'ai choisi d'effectuer tous les calculs décrits ci-dessus via le bilan carbone personnel de l'ADEME.
Transport (26% des émissions)
1. Tous les modes de transports ne sont pas équivalents. C'est particulièrement vrai en France, où l'électricité provient en majorité du nucléaire. Sur l'échelle de la vertu énergétique, le train gagne ainsi haut la main la palme d'or : pour chaque kilomètre parcouru, un passager ne rejette qu'entre 5% et 17% des émissions d'une voiture et seulement 3% des émissions d'un avion court-courrier. En plus, pour une personne seule, le train est nettement plus avantageux économiquement (-20% en plein tarif sur un trajet Paris-Lyon).
2. Quand les trajets en voiture sont nécessaires, la priorité devrait logiquement aller aux petites voitures récentes, qui consomment moins (selon le classement de l'ADEME, les véhicules vendus en 2008 consommaient en moyenne 140 g de CO2 au km contre 149 g en 2007). Le covoiturage est également une solution intéressante. Pour les utilisateurs occasionnels, la solution idéale consiste évidemment à éliminer la voiture. Dans ce cas, la location en fonction des besoins réels peut être très avantageuse.
Bilan : pour une distance annuelle parcourue de 15 000 km, un Français émettra 950 kg d'équivalent carbone en effectuant les trajets seul dans une voiture consommant 6 L/100 km. En admettant que seuls 5% de cette distance soit effectuée en voiture et le reste en train, la même personne n'émettra plus que 85 kg d'équivalent carbone par an... soit une réduction de plus de 90% de ses émissions.
Ne pas oublier cependant que l'aller-retour Paris/New York en avion équivaut à 720 kg d'équivalent carbone émis par passager... et n'est donc pas vraiment compatible avec une réduction des émissions individuelles.
Logement (19%)
3. Le chauffage représente à lui seul le tiers des émissions d'un logement — un second tiers provenant des appareils électroménagers. Sur ce poste, des réductions substantielles sont possibles en baissant le thermostat : une diminution de 1°C en hiver permet par exemple d'économiser jusqu'à 10% sur sa facture de chauffage. Une baisse de quelques °C peut même faire économiser jusqu'à 40% sur une facture... tout en limitant les risques d'allergies.
Bilan : pour une surface de 40 m2 (la superficie moyenne par personne en 2009 selon l'INSEE), un appartement chauffé à l'électricité à une température de 21°C émet 280 kg d'équivalent C. Le même appartement chauffé à 18°C n'émet plus que 200 kg d'équivalent carbone... soit une réduction de 25% des émissions. Par ailleurs, le même appartement alimenté avec du gaz naturel ou du fuel et chauffé à 21°C émettrait entre 560 kg (gaz) et 800 kg (fuel) d'équivalent C.
Gardons courage! A ce stade, nous avons déjà réduit nos émissions de 55% sur les deux postes transports et logement, ce qui représente une réduction de 25% de nos émissions totales ! Pour poursuivre l'exercice, rendez-vous dans ... n'y a t'il vraiment plus d'espoir? (2)
Image : RUE89, dans les coulisses du Grenelle de l'environnement
dimanche 31 janvier 2010
Noir, c'est noir...
Gueule de bois généralisée
Selon les médias, le principal risque suite à l'échec du sommet de Copenhague serait la démobilisation des populations. Si j'en crois les discours pessimistes et désillusionnés que j'ai entendu ces dernières semaines, le risque est effectivement réel.
Certes, les résultats du sommet de Copenhague ne sont pas glorieux et les hommes politiques impliqués n'ont pas été à la hauteur de l'enjeu. Mais est-ce une raison pour baisser les bras? Pas vraiment. Ce serait en effet oublier un peu vite que ces fameuses émissions de gaz à effet de serre sont essentiellement le résultat des modes de consommation passés et présents des citoyens des pays développés. Autrement dit, vous et moi.
Et ça, contrairement à ce que l'on pourrait croire, c'est une bonne nouvelle : plutôt que de rester impuissant, les bras hérissés de chair de poule, à regarder l'eau monter petit à petit et le sol se craqueler chaque jour un peu plus (on se croirait dans un film catastrophe, non ? je songe à envoyer le script à Hollywood), il nous est possible d'agir concrètement, par des petits gestes qui, mis bout à bout, font une différence. La preuve que ça marche ? Les émissions de l'année 2009 sont estimées en baisse d'environ 3% par rapport à celles de 2008... la crise économique a donc bel et bien contribué à entraîner des changements de comportements suffisants pour que ça se voit !
Le remède contre l'angoisse est donc tout trouvé : au lieu d'attendre que notre voisin fasse le premier pas, voici une liste de dix trucs testés et approuvés à appliquer au quotidien, qui ont un impact réel sur les émissions de gaz à effet de serre individuelles et qui font du bien au portefeuille.
Pour commencer : un ordre de grandeur
Un Français émet en moyenne 2,2 tonnes d'équivalents carbone par an. Ce chiffre est estimé après avoir tenu compte du carbone réabsorbé par les puis naturels, que sont par exemple les forêts et les prairies. Autant annoncer la couleur d'entrée de jeu : ce chiffre est environ quatre fois supérieur à ce qui serait souhaitable selon le GIEC.
D'où viennent ces émissions ?
Elles se répartissaient de la manière suivante en 2005 :

Il s'en suit de manière logique que la principale marge de manœuvre se situe au niveau du transport (26%), talonné par le logement (résidentiel 19%), l'alimentation (19%) et l'achat de biens manufacturés (20%). Ça tombe bien, ce sont tous des domaines sur lesquels il est possible de modifier nos habitudes de consommation.
Vous brûlez de connaître les fameux trucs qui font la différence ? La suite dans ... n'y a t'il vraiment plus d'espoir ? (1)
lundi 31 août 2009
En la technologie toujours tu croiras
2028. Enzo ne sort plus sans ses lunettes de soleil. Il est vrai que tout le monde s'accorde à dire qu'elles lui donnent un charme supplémentaire. Il est également vrai qu'elles lui sont devenues indispensables : avec ses yeux clairs, il a de plus en plus de mal à supporter la réflectance des rues. Depuis que la chaussée et les derniers immeubles haussmanniens ont été intégralement repeints en blanc (loi du 5 janvier 2025), Paris a en effet pris un côté franchement éblouissant, très "21ème siècle".
Ces derniers temps, la ville lumière a également gagné en moiteur. Suite aux relargages réguliers de particules de souffre réfléchissantes dans l'atmosphère, la fréquence des pluies a augmenté. Pour Enzo, c'est un inconvénient mineur ; après tout, il suffit de s'équiper d'un parapluie. De plus, cela permet d'avoir un minimum d'ombre quand le soleil paraît, ce qui est appréciable maintenant que la plupart des arbres des bords de rue ont été remplacés par des "arbres artificiels", qui servent à la capture du CO2 atmosphérique...
Une discipline qui a le vent en poupe
Science-fiction que tout cela? Il ne s'agit pourtant que de quelques unes des solutions (un brin extrapolées) proposées par la géo-ingénierie, une discipline inventive qui propose de mettre en place des modifications de l'environnement à grande échelle pour contrebalancer les effets du changement climatique.
A l'origine de ce foisonnement d'idées se trouve la conviction d'un certain nombre de scientifiques que la question climatique est tellement urgente que toutes les solutions visant à stabiliser le climat pendant quelques décennies (le temps que soit effectuée la transition vers une économie peu émettrice en gaz à effet de serre) doivent être mises en oeuvre. Pour ce faire, la géo-ingénierie propose d'influer sur deux paramètres du système climatique terrestre : la quantité d'énergie solaire reçue par la Terre et la quantité de CO2 présente dans l'atmosphère. Outre leur coût et les difficulté probables de mise en application, ces solutions présentent toutes un gros inconvénient : il est très difficile d'évaluer quel sera réellement leur impact.
Un remède miracle?
Ainsi, une équipe de l'université de Bristol au Royaume-Uni proposait il y a quelques mois dans le journal Current Biology de favoriser la culture de variétés qui réfléchissent plus la lumière solaire que les variétés actuelles de céréales ou de soja. Ceci permettrait de diminuer la température moyenne estivale de plus d'1°C en Europe et en Amérique du nord. Sur une moyenne annuelle et à l'échelle planétaire, l'effet rafraichissant de cette technique serait marginal (-0,1°C). Toutefois, utilisée en conjonction avec d'autres techniques, elle pourrait faire gagner quelques années à l'humanité. Outre son coût relativement minime, cette solution présenterait l'avantage appréciable de pouvoir être utilisée sur des plantes destinées à un usage alimentaire, ce qui un impliquerait un impact beaucoup plus réduit sur la sécurité alimentaire que les agrocarburants.
Sur le papier, l'idée est séduisante. Elle suscite toutefois plusieurs questions. La première est de savoir si le fait d'augmenter l'albédo des plantes (soit le niveau de réflection de la lumière solaire) ne risque pas d'impacter également le rendement des plantes cultivées. En effet, la photosynthèse (c'est à dire le processus qui permet de transformer de l'énergie lumineuse et du CO2 en matière organique) est par définition dépendante de la quantité d'énergie lumineuse absorbée. Pour la même raison, qui dit moins de photosynthèse dit moins de CO2 capturé par la végétation... De plus, rien ne garantit que pour une espèce cultivée donnée, la variabilité génétique sur ce critère soit suffisante pour obtenir un effet significatif. Si ce n'est pas le cas, la technique nécessiterait l'intervention des biotechnologies pour introduire des gènes de plus grande réflectance dans les plantes cultivées.
Comme les autres propositions qui fleurissent depuis quelques années dans les publications scientifiques, l'idée de l'équipe de l'université de Bristol a le mérite de proposer une solution concrète à un problème de plus en plus pressant. Toutefois, elle ne lève pas la question de fond de la géo-ingénierie : est-il vraiment souhaitable de jouer à l'apprenti sorcier à l'échelle planétaire?
Image : hommage à l'architecte du Sacré Coeur, un visionnaire qui sut mettre la basilique face aux défis du futur en choisissant la bonne couleur. Photo par Marie Metge.
dimanche 15 mars 2009
La soif guette Las Vegas
Las Vegas a longtemps vécu au dessus de ses moyens. Longtemps, elle a puisé sans compter dans le Colorado voisin afin d'alimenter des piscines, des golfs et des pelouses toujours plus nombreux. Longtemps, elle a imaginé des casinos, des golfs et des hôtels délirants. Longtemps enfin, sa croissance démographique galopante a fait pâlir de jalousie des états moins bien lotis.
... mais un jour, le désert rattrapa l'oasis
Mais aujourd'hui, la pécheresse semble avoir une soudaine gueule de bois. Alors que la ville continue d'accueillir 8000 nouveaux habitants par mois, l'eau, elle, ne suit plus le rythme. Selon l'Institut d'Océanographie Scripps, il y a même 50% de chances que le lac Mead, le réservoir gigantesque sur le Colorado qui fournit 90% de l'eau de la ville, soit asséché d'ici 2021.
L'heure est donc grave et les autorités du Nevada cherchent par tous les moyens une solution de secours pour le principal centre économique de l'état. Elles envisagent de construire un aqueduc qui irait pomper l'eau disponible dans un aquifère situé à 500 km de la ville. Toutefois, le coût du projet (au moins 3,5 milliards de dollars) et son impact sur la zone de prélèvement génèrent une vaste polémique.
En attendant, la chasse au gaspillage d'eau est ouverte à Las Vegas. Le Southern Nevada Water Authority offre 15$ par mètre carré de pelouse transformée en "jardin désertique". Les golfs font disparaître une partie de leurs pelouses vert émeraude au profit de paysages rocailleux plus adaptés aux 114 mm de précipitations moyennes annuelles de la région (en comparaison, Dubaï reçoit en moyenne 150 mm par an). Le prix du gallon d'eau augmente et des amendes sont distribuées aux citoyens qui ne respectent pas les consignes de restriction hydriques. Malgré ces efforts, la route reste encore longue : selon les chiffres publiées par le Las Vegas Sun, la consommation d'eau annuelle par personne atteignait 218 000 litres en 2008, soit plus de 3 fois la consommation moyenne d'un Français selon l'IFEN. Et la majorité de cette eau servait encore... à arroser des pelouses.
lundi 26 mai 2008
Nucléaire : le retour en grâce

Signe des temps ?
Après vingt ans d'opprobre national, l'énergie nucléaire semble être en train de renaître de ses cendres en Italie. Le ministre du développement économique Claudio Scajola a en effet annoncé la semaine dernière le relancement du programme nucléaire civil italien, ce qui a immédiatement suscité l'émoi de nombreuses associations environnementales.
Une décision démocratique...
Venant d'un pays qui avait banni l'énergie nucléaire de son territoire lors d'un référendum lancé quelques mois après l'accident de Tchernobyl, cette décision peut paraître unilatérale. Elle est pourtant tout à fait démocratique : ne faisait-elle pas partie du programme électoral de Silvio Berlusconi ? En supposant que les Italiens aient réélu Mr Berlusconi sur la base de ses promesses électorales, force est de constater que l'opinion italienne sur le nucléaire a fortement évolué ces dernières années.
... qui reflète l'évolution des mentalités en Europe
Le regain d'attractivité du nucléaire est d'ailleurs observable ailleurs en Europe : sept ans après avoir décidé la fermeture progressive de leurs centrales d'ici 2020, les Allemands sont en effet en train de relancer le débat sur la pertinence de cette mesure -d'autant plus que la fermeture de ces centrales exigerait d'augmenter encore la part d'électricité produite avec du charbon (1). En Grande-Bretagne, le gouvernement a classé en janvier dernier l'énergie nucléaire avec les autres sources d'énergie peu émettrices de gaz à effet de serre. Quant à la Finlande, elle a décidé la construction d'une cinquième centrale afin d'atteindre les objectifs fixés par son plan-climat.
Un retour en grâce un peu tardif ?
L'Italie aurait donc pris une décision "climatiquement avisée" ? Pas si sûr. La construction d'une centrale nucléaire est un processus de longue haleine - la première centrale nucléaire italienne ne devait pas entrer en fonction avant au moins 7 à 10 ans - et son fonctionnement quotidien ne peut se faire sans un débit suffisant des rivières. Or le débit du Pô, principal fleuve italien, est dépendant de l'état des glaciers des Alpes. Selon une étude d'EDF, le débit estival du Rhône, cousin transalpin du Pô, pourrait diminuer de -20% en moyenne d'ici 2050. Avec des centrales rentrant en fonctionnement vers 2020, on peut donc s'interroger sur la pertinence de la décision italienne... et sur les plans B envisagés en cas de sécheresse estivale régulière.
(1) l'énergie nucléaire et le charbon fournissent respectivement 30% et 50% de l'électricité allemande aujourd'hui selon la Commission Europénne.
Image : centrale nucléaire en France
lundi 28 avril 2008
Rouler ou manger, faut-il choisir ?

Il y a quelques mois, un scientifique britannique rencontré lors d'une conférence me prédisait sombrement que les biocarburants ne se développeraient jamais : ce sont de trop bons boucs émissaires.
Versatile opinion...
Alors que le monde découvre avec effarement la hausse du prix des denrées agricoles et les "émeutes de la faim", force m'est de constater qu'il avait raison. Après les avoir encensés au point d'en faire la solution-miracle, la presse est aujourd'hui unanime à les condamner, pour le plus grand bonheur des anti-écologistes ("enfin, les motivations profondes des écologistes apparaissent au grand jour, ils ne souhaitent qu'affamer la planète") et des anti-capitalistes ("voilà ce qui se passe quand on encourage l'agriculture productiviste, nous vous l'avions bien dit").
Un procès équitable?
Mais les biocarburants sont-ils réellement responsables des émeutes de la faim? Ce serait leur faire trop d'honneur. Certes, ils jouent un rôle non négligeable dans la hausse du prix du maïs. Seulement voilà, pendant toute l'envolée des cours, le maïs est resté -et de très loin- la céréale la... moins chère au niveau mondial. Curieusement d'ailleurs, les émeutiers s'en plaignent peu : ils sont plutôt focalisés sur le prix du blé et du riz, qui sont de toute façon bien plus consommées en alimentation humaine.
Instable équilibreDans ce cas, d'où vient le problème? Des vieilles lois de l'offre et la demande. Alors que la demande en céréales est en augmentation régulière afin de satisfaire les besoins croissants en produits carnés de la population mondiale, l'offre, elle, a bien du mal à suivre. A l'heure actuelle, il suffit d'un incident climatique pour que la récolte devienne inférieure aux besoins mondiaux. L'année dernière, pour la quatrième fois depuis 2002, la demande a ainsi excédé l'offre, suite à des mauvaises récoltes dans de nombreuses zones de production du blé. Et les stocks se sont à nouveau réduits comme peau de chagrin...
La récolte de céréales sera peut-être meilleure cette année. Mais ne nous y trompons pas : il y aura d'autres incidents climatiques, qui entraîneront leur lot de difficulté alimentaire. Dans un monde où la classe moyenne est en pleine expansion, peut-être est-il temps de repenser l'alimentation des pays riches ?
Bienvenue dans le 21ème siècle.
Image 1 : Demain, roulerez vous au biocarburant ?
Image 2 : Prix international des céréales, FAO
jeudi 27 mars 2008
To save the planet, eat a whale!
Norway, a climate change pioneer
In such a situation, no wonder that Norway, the most Nordic country of Europe, is particularly involved in the battle against climate change. The country made the headlines with the opening of the Svalbard Seed Vault, which offers the opportunity to store seeds from everywhere in the world in a frozen environment. But Norway also received media coverage on a more confidential scale with a recent study published by the High North Alliance, a Scandinavian organization based in the Lofoten, which promotes whale hunting.
An –almost- carbon neutral whale?
Granted, the link between whale hunting and climate change may not seem obvious at first sight. But for really worried citizens, nothing is impossible. That’s why the High North Alliance has just demonstrated that for the same weight, one emits 8 times more CO2 equivalents by eating a beefsteak than by eating minke whale meat (the study doesn’t give figures for blue whale meat). For comparison sake, one might be interested in learning that the consumption of chicken (4.6 kg of CO2 equivalents per kg of meat) generates more than 2 times more greenhouse gases emissions than the consumption of minke whale meat (1.9 kg of CO2 equivalents per kg of meat).
This result might seem surprising, but it’s actually quite simple to explain: 1) on the contrary to beef and chicken, a whale does fortunately not need to be fed with agricultural products such as cereals or soybean. This spares a great deal of greenhouse gases, which would have otherwise been emitted by tractors, fertilizers or the heating of building and 2) on the contrary to beef, a whale doesn’t emit methane, a very powerful greenhouse gas. Should we then conclude from this demonstration that the future lies in whale stew?
The whale’s limitations
This might be a bit premature. Despite the pedagogical advantage of this study, which shows how the food we consume is linked to greenhouse gases emissions, it seems to me that it has curiously neglected to take into account two points that should yet have driven the attention of its authors. The first one is that minke whale stocks –or any other whale stocks for that matter – can hardly be considered sufficient to keep pace with growing meat demand from the world. Besides, it comes as a surprise to find out that the study does not even mention the fact that the consumption of 1 kg of cereals produced in the UK generates in average almost 14 times less emissions of CO2 equivalent than the consumption of 1 kg of whale meat…
Picture: a minke whale
lundi 17 mars 2008
La baleine, nouvel eldorado vert?
La Norvège, pionnier de la lutte contre le réchauffement climatique
Dans ce contexte, quoi d'étonnant à ce que la Norvège, le pays le plus septentrional d'Europe soit un pionnier dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Après avoir fait récemment la une des journaux lors de l'inauguration de la Banque de Graines du Svalbard, qui permet d'entreposer des graines de tous les pays du monde dans un environnement perpétuellement gelé, la Norvège est de nouveau sur le devant de la scène. Cette fois, l'intérêt médiatique qu'elle suscite est lié à une étude publiée par la High North Alliance, une organisation scandinave basée dans les Lofoten - !!!! - qui promeut la chasse à la baleine.
Une baleine économe en CO2
Ce résultat s'explique facilement : 1) contrairement au boeuf et au poulet, la baleine ne nécessite pas d'être nourrie avec des produits végétaux (céréales, soja) issus de l'agriculture, ce qui représente une économie substantielle en gaz à effet de serre qui aurait autrement été émis par les tracteurs, les engrais et le chauffage des élevages et 2) contrairement au boeuf, elle n'émet pas de méthane (un gaz à effet de serre très puissant). Faut-il donc conclure de la démonstration de la High North Alliance que l'avenir est dans le pot-au-feu de baleine?
Les limites du cétacé
Ceci serait sans doute un peu prématuré. En effet, bien que cette étude ait le mérite de mettre en lumière l'impact de notre alimentation sur les émissions de gaz à effet de serre, elle néglige -délibérément ?- de prendre en compte deux points qui auraient pourtant dû attirer l'attention de ses auteurs : 1) les stocks de baleine de Minke - ou de toute autre baleine, d'ailleurs - peuvent difficilement être considérés comme suffisants pour subvenir aux besoins croissants en viande de la population mondiale et 2) bien que l'étude ne le précise pas, la consommation d'1 kg de céréales produites au Royaume-Uni entraîne en moyenne des émissions d'équivalent CO2 presque 14 fois moindres que la consommation d'1 kg de baleine de Minke. A bon entendeur...
Image: dans la baie de Boston, par Nicolas.
lundi 25 février 2008
La saga du yaourt à la fraise
Ceci est un yaourt à la fraise. Un classique de l'alimentation occidentale, au point que rares sont aujourd'hui les personnes qui n'en ont jamais mangé. Depuis 1993 et le travail d'une chercheuse allemande, Stefanie Böge, c'est aussi un produit utilisé régulièrement comme illustration du problème posé par le transport des biens.Un produit lamba à l'impact climatique disproportionné
Il n'y a pourtant rien de plus anodin que ce yaourt à la fraise disponible au rayon "produits laitiers" d'un supermarché de la région de Stuttgart, en Allemagne. Il est même plutôt chic, avec ses 150 g enserrés dans un pot de verre. On l'imagine relativement cher, probablement apte à satisfaire une clientèle "verte", qui tente peut-être de limiter ses émissions de gaz à effet de serre en baissant le thermostat du chauffage, en mangeant moins de viande ou en troquant la voiture contre le vélo. Cette clientèle ne se doute pas qu'en achetant ce yaourt aux fraises, elle sera indirectement responsable de l'émission de gaz à effet de serre correspondant à un transport total de plus de 8000 km...

Les fraises du yaourt sont en effet originaires de Pologne. Elles ont été transportées jusqu'en Allemagne de l'ouest pour être transformées en confiture, qui sera elle-même acheminée vers le sud de l'Allemagne. Les cultures bactériennes de yaourt proviennent du nord de l'Allemagne, la farine de blé et de maïs des Pays-Bas, la betterave à sucre de l'est de l'Allemagne, l'alluminium du couvercle de mines situées à des milliers de km et les étiquettes pour le pot de verre d'usines situées à 300 km du lieu de vente. Seul le lait et le pot en verre sont produits localement.
La saga du yaourt, un classique des aliments transformés
L'impact climatique disproportionné de ce yaourt aux fraises n'est pas exceptionnel. Aujourd'hui, 80% de nos achats alimentaires concernent des aliments transformés (plats surgelés, conserves, biscuits, pâtes, boissons, yaourts...). En France, le transport des aliments transformés représente le tiers des camions présents sur les routes (d'une manière générale, le transport de marchandises et de passagers représentait 21% des émissions françaises en 2004 et 15% des émissions mondiales en 2000). Par ailleurs, 15% des émissions françaises liées à l'industrie résultaient de la fabrication d'aliments transformés en 2004 (sachant que les activités industrielles étaient alors responsables de 20% des émissions françaises). Face à ces chiffres, il est facile de constater que les rayons de nos supermarchés et hypermarchés sont peuplés de centaines d'équivalents à ce yaourt aux fraises....
Retour aux fourneaux...
Face à ce raz de marée de produits transportés sur des centaines ou des milliers de km, le client "à conscience climatique" de notre supermarché à Stuttgart n'est toutefois pas totalement démuni : le principal ingrédient du yaourt (le lait) est en effet produit localement. Il ne lui reste plus qu'à acheter 1L de lait et à réaliser lui-même son yaourt... en espérant que ce soit la saison des fraises.
Sources :
Image 1 (le yaourt aux fraises, sans doute pas la version supermarché, mais plus appétissant, et qui respecte le principe de non-discrimination des marques)
Image 2 extraite de S. Böge, The well-travelled yogurt pot: lessons for new freight transport policies and regional production, World Transport Policy and Practice, Vol. 1 No. 1, 1995 pp. 7-11.

