Les élections américaines approchent à grands pas. Vu d'Europe, le débat présidentiel semble focalisé sur l'économie. Pourtant, les deux candidats ont aussi émis des opinions fortes sur la question du climat. Regards croisés sur une question qui a fait couler beaucoup l'encre ces derniers mois...
Le retour en grâce de la question climatique
Le vent a en effet tourné aux Etats Unis. Après des années de déni et de désinformation par l'administration Bush, l'heure semble être enfin au réalisme : pour John McCain comme pour Barack Obama, le changement climatique est un problème réel qui nécessite une action urgente. au niveau national et international. Reste à savoir laquelle!
La bourse du carbone a le vent en poupe
A l'exemple de l'Union Européenne, les deux candidats ont déclaré qu'ils privilégieraient une bourse du carbone à une taxe carbone. Ceci revient à dire qu'ils envisagent de limiter les émissions de gas à effet de serre des entreprises sans s'attaquer à la question délicate des particuliers. Par ailleurs, leurs objectifs de réduction des émissions sont sensiblement équivalents : malgré quelques divergences sur le long terme - à l'horizon 2050, McCain envisage théoriquement une réduction des émissions de 60% par rapport à 1990 alors qu'Obama affiche un objectif de 80% - les deux candidats souhaitent avant tout ramener les émissions de 2020 au niveau de 1990. Sachant qu'en 2005, les émissions américaines étaient 16% plus élevées qu'en 1990, cet objectif représenterait déjà un réel effort. Il reste toutefois bien inférieur à l'objectif européen, qui consisterait à diminuer les émissions d'au moins 20% par rapport au niveau de 1990 d'ici 2020.
Pétrole et indépendance énergétique : un cocktail explosif ...
Le flirt récent du baril de pétrole avec les 150$ a plus que jamais remis la délicate question de l'indépendance énergétique au goût du jour. La question est politiquement très délicate, et a obligé McCain à changer son fusil d'épaule. Après avoir voté régulièrement contre le forage de puits pétroliers dans l'Artic National Wildlife Refuge (ANWR, une immense zone protégée le long de la mer de Baufort), le candidat républicain a déclaré dernièrement qu'il était favorable à ce projet, ce qui ne peut qu'agréer à sa colistière, Sarah Palin. Prudent cependant (il sait sans doute que ce projet ne permettra pas de dégager de pétrole avant plusieurs années, que les réserves qu'on prette à l'ANWR sont hypothétiques et que même si elles s'avèrent aussi importantes que prévues, elles ne réprésentent qu'une goutte d'eau dans la consommation américaine), il envisage également un investissement massif dans le nucléaire - 45 centrales construites d'ici 2030 - ainsi que la promotion du charbon propre et des technologies innovantes. Les énergies solaire et éolienne le laissent en revanche dubitatif ; selon ses dires, elles sont "à 10 ans d'être utilisables".
... qui oblige à quelques contorsions
De son côté, Obama soutient une diminution aussi rapide que possible de la dépendance américaine au pétrole. Probablement conscient que la chose présente quelques difficultés, il préconise l'économie énergétique sous la forme d'une limitation de la consommation des véhicules ainsi que la promotion des énergies renouvelables, du nucléaire et du charbon propre. Sa position sur la question des forages pétroliers est assez ambigüe : le parti démocrate étant historiquement opposé au forage dans l'ANWR, il dispose sur cet aspect de peu de marge de manœuvre. Il a en revanche annoncé qu'il soutenait le forage offshore le long des côtes des Carolines et dans le golfe du Texas.
La fin de l'isolationnisme américain?
Pour les deux candidats, les Etats-Unis se doivent de reprendre leur place dans le débat international sur la question climatique. Alors qu'Obama envisage d'entraîner son pays dans le débat post-Kyoto, McCain se place dans la droite ligne républicaine et a déclaré qu'il ne souscrirait pas à un accord international contraignant si celui-ci n'incluait pas la Chine et l'Inde.
Alors, pro-républicain ou pro-démocrate? This is now the question...
lundi 20 octobre 2008
jeudi 29 mai 2008
Le grand mystère de l'eau en bouteille (épisode 2)
La saga de l'eau en bouteille se poursuit. Le vent le vent semble en effet tourner pour les plastiques alimentaires. Après s'être imposés dans notre vie quotidienne, ils se retrouvent aujourd'hui dans le collimateur des consommateurs nord-américains.
Le mois dernier, le gouvernement canadien a en effet provoqué l'émoi en annonçant l'interdiction probable de commercialisation des biberons contenant du bisphénol A - un composé retrouvé dans la plupart des plastiques alimentaires. Le bisphénol A (BPA pour les intimes) est soupçonné de provoquer des troubles hormonaux chez l'être humain.
Jusqu'à présent, le risque posé par ce composé chimique semblait minime. Toutefois, de récentes études semble indiquer que le BPA migre plus facilement du contenant en plastique vers l'aliment en cas de cuisson ou de réchauffage au micro-onde...
L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments a annoncé qu'elle allait réévaluer le niveau d'exposition au BPA pouvant être considéré comme acceptable d'un point de vue sanitaire.
Le mois dernier, le gouvernement canadien a en effet provoqué l'émoi en annonçant l'interdiction probable de commercialisation des biberons contenant du bisphénol A - un composé retrouvé dans la plupart des plastiques alimentaires. Le bisphénol A (BPA pour les intimes) est soupçonné de provoquer des troubles hormonaux chez l'être humain.
Jusqu'à présent, le risque posé par ce composé chimique semblait minime. Toutefois, de récentes études semble indiquer que le BPA migre plus facilement du contenant en plastique vers l'aliment en cas de cuisson ou de réchauffage au micro-onde...
L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments a annoncé qu'elle allait réévaluer le niveau d'exposition au BPA pouvant être considéré comme acceptable d'un point de vue sanitaire.
mardi 27 mai 2008
Inconvenant ours polaire
Un classement préoccupant
Ces derniers temps, Sarah Palin, gouverneur républicaine de l'Etat d'Alaska, voit les ours polaires d'un mauvais oeil. Ces derniers ne viennent-ils pas d'être classés de façon fort inopportune sur la liste des espèces menacées des Etats-Unis ? La nouvelle n'augure rien de bon pour les plantigrades. Mais pour Mme Palin, elle n'augure surtout rien de bon pour l'économie de l'Alaska. L'ours polaire classé, ce sont les côtes nord et nord-ouest de l'état qui risquent de devenir inaccessibles à l'exploitation pétrolière et gazéifère... et des millions de dollars d'investissement qui risquent de s'envoler en fumée.
La pilule est d'autant plus dure à avaler que la population d'ours polaires de l'Alaska est aujourd'hui florissante ; comment imaginer dans ces conditions qu'elle puisse totalement disparaître d'ici 2050, ainsi que le prédisent certains scientifiques ?
Indissociable alliance
Pourtant, les faits semblent donner raison à ces cassandres : si l'ours polaire se porte encore bien, la glace arctique dont sa survie dépend se porte, elle, plutôt mal. Au rythme actuel, l'Arctique pourrait être totalement dégelé en été vers le milieu du 21ème siècle selon Environnement Canada. Les investisseurs se frotteront sans doute les mains à cette nouvelle, qui offre des opportunités économiques inédites (transport maritime plus rapide, exploitation de gisement pétrolifère inaccessibles actuellement). Pour les ours polaires toutefois, une telle évolution se révèlerait fatale : elle impliquerait une période trop longue sans possibilité de chasse des phoques annelés, amenant inévitablement l'espèce à l'extinction.
Les glaces de l'Arctique : un pivot climatique
Le sort de l'ours polaire ne préoccuperait sans doute pas grand monde s'il n'était pas inextricablement lié à celui de la planète. Les glaces de l'Arctique sont en effet vitales pour l'équilibre climatique de la Terre. Leur disparition entraînerait une "surchauffe" dont il est impossible de mesurer les conséquences. Le gouverneur Palin a raison : le classement en espèce menacée de l'ours polaire est très préoccupante pour l'Alaska. En fait, elle est même très préoccupante pour l'ensemble des habitants de cette planète.
Image : au Spitzberg...
Ces derniers temps, Sarah Palin, gouverneur républicaine de l'Etat d'Alaska, voit les ours polaires d'un mauvais oeil. Ces derniers ne viennent-ils pas d'être classés de façon fort inopportune sur la liste des espèces menacées des Etats-Unis ? La nouvelle n'augure rien de bon pour les plantigrades. Mais pour Mme Palin, elle n'augure surtout rien de bon pour l'économie de l'Alaska. L'ours polaire classé, ce sont les côtes nord et nord-ouest de l'état qui risquent de devenir inaccessibles à l'exploitation pétrolière et gazéifère... et des millions de dollars d'investissement qui risquent de s'envoler en fumée.
La pilule est d'autant plus dure à avaler que la population d'ours polaires de l'Alaska est aujourd'hui florissante ; comment imaginer dans ces conditions qu'elle puisse totalement disparaître d'ici 2050, ainsi que le prédisent certains scientifiques ?Indissociable alliance
Pourtant, les faits semblent donner raison à ces cassandres : si l'ours polaire se porte encore bien, la glace arctique dont sa survie dépend se porte, elle, plutôt mal. Au rythme actuel, l'Arctique pourrait être totalement dégelé en été vers le milieu du 21ème siècle selon Environnement Canada. Les investisseurs se frotteront sans doute les mains à cette nouvelle, qui offre des opportunités économiques inédites (transport maritime plus rapide, exploitation de gisement pétrolifère inaccessibles actuellement). Pour les ours polaires toutefois, une telle évolution se révèlerait fatale : elle impliquerait une période trop longue sans possibilité de chasse des phoques annelés, amenant inévitablement l'espèce à l'extinction.
Les glaces de l'Arctique : un pivot climatique
Le sort de l'ours polaire ne préoccuperait sans doute pas grand monde s'il n'était pas inextricablement lié à celui de la planète. Les glaces de l'Arctique sont en effet vitales pour l'équilibre climatique de la Terre. Leur disparition entraînerait une "surchauffe" dont il est impossible de mesurer les conséquences. Le gouverneur Palin a raison : le classement en espèce menacée de l'ours polaire est très préoccupante pour l'Alaska. En fait, elle est même très préoccupante pour l'ensemble des habitants de cette planète.
Image : au Spitzberg...
Libellés :
amérique,
études changement climatique,
français,
politique fédérale
lundi 26 mai 2008
Nucléaire : le retour en grâce

Signe des temps ?
Après vingt ans d'opprobre national, l'énergie nucléaire semble être en train de renaître de ses cendres en Italie. Le ministre du développement économique Claudio Scajola a en effet annoncé la semaine dernière le relancement du programme nucléaire civil italien, ce qui a immédiatement suscité l'émoi de nombreuses associations environnementales.
Une décision démocratique...
Venant d'un pays qui avait banni l'énergie nucléaire de son territoire lors d'un référendum lancé quelques mois après l'accident de Tchernobyl, cette décision peut paraître unilatérale. Elle est pourtant tout à fait démocratique : ne faisait-elle pas partie du programme électoral de Silvio Berlusconi ? En supposant que les Italiens aient réélu Mr Berlusconi sur la base de ses promesses électorales, force est de constater que l'opinion italienne sur le nucléaire a fortement évolué ces dernières années.
... qui reflète l'évolution des mentalités en Europe
Le regain d'attractivité du nucléaire est d'ailleurs observable ailleurs en Europe : sept ans après avoir décidé la fermeture progressive de leurs centrales d'ici 2020, les Allemands sont en effet en train de relancer le débat sur la pertinence de cette mesure -d'autant plus que la fermeture de ces centrales exigerait d'augmenter encore la part d'électricité produite avec du charbon (1). En Grande-Bretagne, le gouvernement a classé en janvier dernier l'énergie nucléaire avec les autres sources d'énergie peu émettrices de gaz à effet de serre. Quant à la Finlande, elle a décidé la construction d'une cinquième centrale afin d'atteindre les objectifs fixés par son plan-climat.
Un retour en grâce un peu tardif ?
L'Italie aurait donc pris une décision "climatiquement avisée" ? Pas si sûr. La construction d'une centrale nucléaire est un processus de longue haleine - la première centrale nucléaire italienne ne devait pas entrer en fonction avant au moins 7 à 10 ans - et son fonctionnement quotidien ne peut se faire sans un débit suffisant des rivières. Or le débit du Pô, principal fleuve italien, est dépendant de l'état des glaciers des Alpes. Selon une étude d'EDF, le débit estival du Rhône, cousin transalpin du Pô, pourrait diminuer de -20% en moyenne d'ici 2050. Avec des centrales rentrant en fonctionnement vers 2020, on peut donc s'interroger sur la pertinence de la décision italienne... et sur les plans B envisagés en cas de sécheresse estivale régulière.
(1) l'énergie nucléaire et le charbon fournissent respectivement 30% et 50% de l'électricité allemande aujourd'hui selon la Commission Europénne.
Image : centrale nucléaire en France
Libellés :
europe,
français,
initiative locale,
que faire?
lundi 28 avril 2008
Rouler ou manger, faut-il choisir ?

Il y a quelques mois, un scientifique britannique rencontré lors d'une conférence me prédisait sombrement que les biocarburants ne se développeraient jamais : ce sont de trop bons boucs émissaires.
Versatile opinion...
Alors que le monde découvre avec effarement la hausse du prix des denrées agricoles et les "émeutes de la faim", force m'est de constater qu'il avait raison. Après les avoir encensés au point d'en faire la solution-miracle, la presse est aujourd'hui unanime à les condamner, pour le plus grand bonheur des anti-écologistes ("enfin, les motivations profondes des écologistes apparaissent au grand jour, ils ne souhaitent qu'affamer la planète") et des anti-capitalistes ("voilà ce qui se passe quand on encourage l'agriculture productiviste, nous vous l'avions bien dit").
Un procès équitable?
Mais les biocarburants sont-ils réellement responsables des émeutes de la faim? Ce serait leur faire trop d'honneur. Certes, ils jouent un rôle non négligeable dans la hausse du prix du maïs. Seulement voilà, pendant toute l'envolée des cours, le maïs est resté -et de très loin- la céréale la... moins chère au niveau mondial. Curieusement d'ailleurs, les émeutiers s'en plaignent peu : ils sont plutôt focalisés sur le prix du blé et du riz, qui sont de toute façon bien plus consommées en alimentation humaine.
Instable équilibreDans ce cas, d'où vient le problème? Des vieilles lois de l'offre et la demande. Alors que la demande en céréales est en augmentation régulière afin de satisfaire les besoins croissants en produits carnés de la population mondiale, l'offre, elle, a bien du mal à suivre. A l'heure actuelle, il suffit d'un incident climatique pour que la récolte devienne inférieure aux besoins mondiaux. L'année dernière, pour la quatrième fois depuis 2002, la demande a ainsi excédé l'offre, suite à des mauvaises récoltes dans de nombreuses zones de production du blé. Et les stocks se sont à nouveau réduits comme peau de chagrin...
La récolte de céréales sera peut-être meilleure cette année. Mais ne nous y trompons pas : il y aura d'autres incidents climatiques, qui entraîneront leur lot de difficulté alimentaire. Dans un monde où la classe moyenne est en pleine expansion, peut-être est-il temps de repenser l'alimentation des pays riches ?
Bienvenue dans le 21ème siècle.
Image 1 : Demain, roulerez vous au biocarburant ?
Image 2 : Prix international des céréales, FAO
Inscription à :
Articles (Atom)